Peut-on toujours faire confiance à l’état civil ?

 Etat Civil et généalogieNous démarrons généralement nos recherches généalogiques en nous basant sur les actes d’état civil. De ce fait, nous faisons souvent totalement confiance aux informations que nous y trouvons.

Cependant, certains documents sont (en partie) établis d’après les informations que les personnes concernées ont bien voulu fournir…

Et nous pouvons trouver parfois de petits « arrangements » avec la réalité !

Claude Laromaine est un de mes ancêtres que l’on pourrait qualifier de « mouton noir ». En effet, parmi les informations que j’ai sur lui, j’ai découvert : qu’il a été « détenu en la maison de Justice établie près de la Cour d’Assises de la Marne » et qu’il est décédé dans un Dépôt de Mendicité. C’est, en outre, le seul de mes ancêtres à avoir divorcé.

Un autre détail qui m’a frappée en relisant les actes d’état civil concernant mon ancêtre Claude Laromaine, c’est qu’il était très souvent absent : il n’a déclaré la naissance que d’un seul des 6 enfants qu’il a eu avec ses deux femmes successives.J’ai donc commencé à établir sa ligne de vie dans l’espoir d’en apprendre un peu plus sur son parcours. C’est ainsi que je me suis retrouvée face à ce qui semblait être une incohérence de date, mais qui cachait en fait bien plus que cela.

En effet, lors de son mariage avec sa seconde épouse, Claude Laromaine est dit divorcé d’Emilie Brodier depuis le 12 fructidor an IV. Cependant la ligne de vie le montre bien : Claude Laromaine et Emilie Brodier ont eu trois enfants nés après cette date…

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Ces trois actes de naissance indiquent qu’Emilie Brodier est « épouse en légitime mariage » de Claude Laromaine. J’ai donc pensé à une erreur sur la date du divorce.

En effet, je ne connais cette date que par une source indirecte : l’officier d’état civil a pu commettre une erreur en recopiant la date depuis l’extrait d’acte de divorce fourni par mon ancêtre. Cette hypothèse me paraissait d’autant plus probable que son mariage a eu lieu en 1806, soit très peu de temps après le retour au calendrier grégorien.Emilie Brodier, la première épouse de Claude Laromaine, s’étant elle aussi remariée, j’ai cherché son acte de (re)mariage afin de découvrir la date du divorce. Or, la date indiquée sur cet acte est exactement la même que précédemment : le 12 fructidor an IV. Il me parait dès lors impossible que deux officiers d’état civil de deux communes différentes aient commis exactement la même erreur.

Il semble donc qu’Emilie Brodier et Claude Laromaine ont bien divorcé le 12 fructidor an IV Cela soulève alors une nouvelle question : comment se fait-il qu’ils aient eu des enfants ensemble après leur divorce ?

En réétudiant les actes de naissance des trois enfants en question, certains détails sautent aux yeux :

  • Les trois enfants sont nés à Reims, alors que le premier enfant du couple était né à Louvois (6 mois avant leur divorce) ;
  • Claude Laromaine ne déclare aucune des naissances et il est à chaque fois dit « absent ».

Le fait que Claude Laromaine soit absent aux naissances de ses enfants n’est pas vraiment surprenant, car il était déjà absent à la naissance de son premier enfant. Cependant, comme les époux étaient en fait déjà divorcés, les incohérences relevées prennent un tout autre sens

Il semblerait qu’Emilie Brodier ait préféré cacher son divorce et dire que le père de ses enfants était absent, plutôt que de les déclarer comme enfants naturels. Dans une grande ville comme Reims, ce genre de mensonge ne devait pas être très compliqué.

Les trois enfants déclarés à Reims par Emilie Brodier entre 1797 et 1803, n’étaient donc pas les enfants de Claude Laromaine comme leur état civil l’indique. Et il n’a d’ailleurs sûrement jamais habité à Reims, comme ces actes le laissaient penser.

En conclusion, bien que l’état civil soit très fiable, il ne faut pas oublier que certains documents sont en partie établis d’après les informations que les personnes concernées ont bien voulu fournir… et que ces dernières peuvent parfois faire certains « arrangements » avec la réalité.

Ce cas nous rappelle également qu’au XIXème siècle, il était beaucoup moins facile de vérifier les dires d’une personne qu’à notre époque. Par dessus tout, il faut donc principalement se méfier des sources indirectes d’information. Ici, les naissances étaient déclarées par une sage-femme qui ne faisait sûrement que répéter les dires d’Emilie Brodier.

Heureusement, ce genre de cas reste assez rare et ne risque d’apparaitre que dans des villes de taille importante où les gens conservaient un certain anonymat. On imagine difficilement des faits similaires se produire dans un petit village où tout le monde se connait.

Elise



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