Naviguer sur la Seine au XIXème siècle

Voilier Belem (Armada de Rouen)
Du 6 au 16 juin, se tient à Rouen l’Armada 2013 qui rassemble près de 50 navires dont un grand nombre de voiliers venus des quatre coins du monde.

A l’image de la Grande Parade de la Seine qui clôturera l’évènement, je vous propose de partir pour une Grande Parade sur la Seine historique, en compagnie des embarcations qui ont fait son histoire !

De nos jours, voir de grands voiliers descendre la Seine constitue un évènement exceptionnel. Mais du temps de nos ancêtres, des nombreuses embarcations à voile sillonnaient quotidiennement les boucles de la Seine.

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Le Port de Rouen, par Charles Mozin

Au fil des méandres : les gribanes de Seine

Si un grand nombre d’embarcations se sont succédées au fil des époques dans les méandres de la Seine, celles qui restent sans doute les plus emblématiques de son histoire, ce sont les gribanes de Seine.

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Gribane sur la Seine, par Joseph Delattre

Les gribanes étaient des sortes de barques particulièrement adaptées à la navigation sur la Seine. Elles se distinguaient par leur pont plat qui permettait de disposer la marchandise directement sur le pont du bateau, et non dans la cale. Cette façon de les charger les rendaient particulièrement pratiques pour le transport de matériaux lourds, tels que le bois, la pierre ou d’autres matériaux de construction.

Pour cette raison, elles connurent d’ailleurs leur heure de gloire lors des travaux d’endiguement de la Seine du XIXème siècle, pendant lesquelles il fallait transporter de grandes quantités de pierres depuis les carrières.

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Gribanes à Caudebec en Caux

Le mode de propulsion principal des gribanes était leurs voiles, mais lorsque le vent manquait, elles pouvaient être halées depuis les rives de la Seine.

De nos jours, les gribanes ont disparu, remplacées par les péniches, dont elles sont en quelque sorte les ancêtres.

Pour la traversée de la Seine : les bacs de Seine

Pendant longtemps, les bacs ont été l’un des seuls moyens de traverser la Seine. Jusqu’en 1959, en effet, il n’existait aucun pont sur la Seine entre le Havre et Rouen. La raison de cette absence de pont était qu’il aurait fallu construire des ponts très hauts afin de laisser le passage aux nombreux bateaux qui navigaient jusqu’à Rouen, même en cas de marée haute. L’utilisation des bacs s’est donc grandement développée sur la Seine.

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Le bac de Grand-Couronne

Avant l’apparition des bacs, il existait le long de la Seine un système de passeurs qui emmenaient les passagers d’une rive à l’autre de la Seine. Le passage se faisait sur des embarcations à rame qui permettaient d’embarquer seulement des passagers et même des charrettes et des chevaux, pour les plus grandes.

A la fin du XIXème siècle, les bacs les plus fréquentés furent dotés d’une propulsion à vapeur. Le premier bac à vapeur fut celui de Caudebec-en-Caux en 1868.

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Le bac à vapeur de Caudebec en Caux

Il a existé plus d’une trentaine de passages de bac le long de la Seine, et même à Rouen, à l’époque où la ville n’avait qu’un seul pont. Suite à la construction des ponts de Tancarville, de Normandie et de Brotonne, de nombreux bacs ont été désarmés et il n’existe plus aujourd’hui que 8 liaisons de bac sur la Seine entre Rouen et le Havre.

Pour remonter la Seine : les Pilotes de Seine

La navigation sur la Seine a, de tout temps, été difficile du fait de la grande influence de la marée. Avant les premiers travaux d’endiguement au cours du XIXème siècle, la navigation sur la Seine était particulièrement dangereuse : des navires y faisaient régulièrement naufrage.

Les capitaines des navires devaient faire appel à des pilotes expérimentés pour s’aventurer sur la Seine et la remonter jusqu’à Rouen. Certains passages de la Seine ne pouvaient en effet être traversés qu’à marée haute à cause de la présence de bancs de sable. Il fallait donc bien connaître la Seine et savoir attendre le moment opportun.

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Carte de l’embouchure de la Seine (source : Gallica/BNF)

Les pilotes de Seine étaient basés en différents endroits du fleuve, notamment à Quillebeuf (près de l’embouchure), à Villequier et à Caudebec-en-Caux. En cas de nécessité, les stations de pilotage étaient également équipées de « barques toueuses » (de l’anglais to tow = remorquer) qui permettaient de remorquer les navires dans les zones difficiles ou en cas de courant contraire. Avant l’avènement de la navigation à vapeur, ce remorquage se faisait à la force des rames.

Les travaux d’endiguement de la Seine, commencés au milieu du XIXème siècle, ont permis d’améliorer grandement la navigation sur la Seine, mais les pilotes de Seine n’ont pas pour autant disparu. Pendant l’Armada, ils jouent d’ailleurs un rôle primordial pour mener les grands voiliers dans les méandres de la Seine, au gré des marées.

A l’embouchure de la Seine : les cotres-pilotes

En arrivant à l’embouchure de la Seine, on se retrouve dans le fief d’autres pilotes : ceux du Havre et de Honfleur. A partir de la fin du XIXème siècle, les pilotes de la Manche naviguaient à bord de voiliers rapides : les cotres-pilotes. A bord de chaque cotre-pilote se trouvait un pilote expérimenté dont le rôle était d’aider les navires à atteindre les ports des côtes normandes.

A cette époque, en effet, les capitaines de navires ne disposaient d’aucune aide pour circuler dans la Manche où les brumes étaient fréquentes. Ils accueillaient donc à leur bord le premier pilote qui se présentait à eux pour les conduire jusqu’au port du Havre ou de Honfleur.

Pour arriver rapidement au devant des navires, quelles que soient les conditions climatiques, il fallut donc créer des voiliers rapides et d’une bonne tenue à la mer.

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Le cotre pilote Marie Fernand

Les cotres-pilotes du Havre ont été surnommés les « Hirondelles de la Manche », d’une part du fait de leur rapidité, mais aussi à cause de leur coque noire et blanche, à l’image de celle du Marie-Fernand. Ce cotre-pilote, construit au Havre en 1894, est le dernier représentant des Hirondelles de la Manche. Il est d’ailleurs présent lors de cette édition de l’Armada.

J’espère que cette ballade historique sur la Seine vous a plu et que vous aurez la chance d’assister à l’Armada qui se tient jusqu’au 16 juin à Rouen. Pour ma part, je serai au rendez-vous pour admirer et visiter les nombreux voiliers et bateaux présents.

Elise


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