Retracer la vie des femmes avant leur mariage

Quand on imagine la vie des femmes de notre généalogie, on imagine souvent qu’elles n’ont quitté le foyer parental qu’au moment de leur mariage. Et quand on découvre une femme qui a vécu seule à un moment de sa vie, on la considère généralement comme une personne un peu en marge de la société.

J’avais eu cette réaction en faisant des recherches sur mon ancêtre Marie Catherine Hague, qui vivait en Normandie au début du XIXème siècle.

En recherchant son histoire, j’ai découvert qu’elle avait vécu pendant quelques années dans une ville voisine de sa commune natale et qu’elle y avait donné naissance à un fils né de père inconnu. C’est d’ailleurs grâce à cette naissance que j’avais découvert qu’elle n’avait pas toujours vécu avec ses parents avant son mariage.

Et cette situation m’a interpelée parce que j’imaginais que c’était plutôt rare à cette époque, pour une jeune fille, de quitter le foyer parental pour aller travailler seule dans une autre ville.

Puis récemment, j’ai découvert une étude qui avait été faite par Antoinette Fauve-Chamoux en 1986 et qui montre que les femmes seules étaient en fait très nombreuses dans les villes au début du XIXème siècle. En fait, l’auteure s’est intéressée au recensement de Reims de 1802 et elle a étudié la répartition des femmes en fonction de leur statut marital.

Le premier constat qu’elle a fait c’était que les femmes étaient majoritaires par rapport aux hommes. A Reims, il y avait 100 femmes pour seulement 82 hommes.

Femmes seules à Reims en 1802Et sur toutes les femmes recensées, près de la moitié, soit 49 %, étaient seules. C’est-à-dire soit veuves, soit célibataires, soit divorcées.

Femmes seules à Reims en 1802Et dans le même temps, seul un tiers des hommes étaient seuls.

Femmes seules à Reims en 1802Elle a également constaté que 86 % des femmes célibataires employées comme domestiques étaient nées en dehors de Reims.

Femmes seules à Reims en 1802L’auteure explique cela par le fait que la ville attire de nombreuses filles issues de familles rurales pauvres qui viennent travailler en ville pour se constituer une dot. Elles venaient donc s’installer en ville seules pour travailler comme domestiques ou dans l’industrie textile, et elles retournaient dans leur commune natale au moment de se marier.

Cette étude a été faite pour la ville de Reims en 1802, mais la tendance était très probablement la même dans la majorité des villes de France au XIXème siècle.

Ainsi, plus l’une de nos ancêtres s’est mariée tard, plus il y a de chances pour qu’elle ait vécu seule avant son mariage et qu’elle ait dû travailler pour constituer sa dot.

Et depuis que j’y fais attention, j’ai découvert que de nombreuses autres femmes de ma généalogie s’étaient retrouvées dans cette situation. J’en ai retrouvé beaucoup qui ont travaillé dans une grande ville proche de leur village pendant quelques années avant leur mariage. Récemment encore, grâce aux recensements, j’ai découvert que l’une de mes ancêtres marnaises avait travaillé comme domestique à Châlons-sur-Marne à plus de 30 km de son village natal.

D’autres femmes sont même parties travailler comme domestiques ou cuisinières dans des grandes villes beaucoup plus éloignées comme Paris ou Lyon.

Vous aussi, vous avez certainement dans votre généalogie des femmes qui sont parties travailler seules avant leur mariage, parfois même assez loin de leur village natal. Par exemple, vous avez peut-être déjà remarqué que certaines femmes n’apparaissaient plus dans les recensements avec leurs parents alors qu’elles n’étaient pas encore mariées.

Pour retrouver leur trace, vous pouvez vous aider des recensements, mais aussi des actes de mariage qui peuvent mentionner si l’épouse vivait « de fait » dans une autre commune que sa commune d’origine. Vous pouvez aussi rechercher la trace d’éventuels enfants naturels.

Vous pourriez ainsi faire des découvertes qui vous permettront de voir la vie de ces femmes sous un tout nouvel angle.

Pour retrouver toutes mes vidéos de généalogie, cliquez ici.

Elise



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