Comment analyser ses correspondances ADN

En France, lorsque l’on évoque la généalogie génétique, on parle beaucoup des cartes de répartition géographiques, et encore trop peu de l’analyse des correspondances ADN. Brigitte, du blog Chroniques d’antan et d’ailleurs, a commencé à le faire avec une série d’articles très intéressants sur son utilisation de MyHeritage pour analyser ses correspondances ADN et retrouver une branche inconnue de sa famille.

De mon côté, depuis que j’ai reçu les résultats de mon test ADN (ainsi que ceux de mes parents), j’ai passé beaucoup de temps à étudier mes correspondances ADN, tant sur FamilyTreeDNA que sur MyHeritage, afin de retrouver des cousinages et de trouver des pistes de recherches pour mes branches inconnues.

A quoi peut servir l’analyse des correspondances ADN ?

L’analyse des correspondances ADN peut en effet avoir différentes utilités.

La première est de retrouver des cousins « généalogiques » : c’est à dire des cousins avec lesquels il est possible de retrouver un cousinage par les archives. En effet, nos cousins généalogiques partagent généralement un ou plusieurs segments d’ADN avec nous, et ces segments peuvent nous avoir été transmis intacts par un ancêtre commun plus ou moins lointain.

S’ils sont assez proches dans le temps, certains de ces cousinages peuvent être prouvés en comparant les arbres généalogiques. Dans certains cas, on pourra remonter ainsi jusqu’à un couple d’ancêtres communs. Parfois, on pourra uniquement trouver la branche probable du cousinage (par exemple par des origines géographiques communes et/ou un nom de famille en commun) même si les archives ne nous permettent pas forcément de trouver le cousinage exact.

La seconde utilité, c’est de trouver des pistes pour des branches inconnues. J’ai par exemple un arrière-grand-père inconnu présumé corse. Grâce à l’ADN, j’ai pu découvrir un certain nombre de correspondances avec des personnes corses ayant fait testé leur ADN. L’analyse de leurs arbres généalogiques me permet ainsi de confirmer que j’ai bien des origines corses, et me donne des pistes sur les villages d’origine possibles de mes ancêtres.

Et il y a encore bien d’autres utilités qui dépendent de nos questionnements généalogiques :

  • déterminer le lien de parenté avec un cousin suffisamment proche ;
  • savoir quels segments de notre ADN nous tenons de tel parent ou tel grand-parent ;
  • etc.

Comment analyser ses correspondances ?

Quand on reçoit les résultats d’un test ADN autosomal, on se retrouve généralement avec une longue liste de correspondances plus ou moins proches (pour ma part plus de 250 correspondances sur FamilyTreeDNA par exemple), et il n’est pas toujours facile de savoir comment l’utiliser. Il est donc nécessaire de filtrer un peu les résultats avant de se lancer dans l’analyse.

Pour ma part, j’ai choisi de concentrer mon analyse sur :

  • les personnes de nationalité française ou belge, ou indiquant avoir des origines françaises ou belges (puisque tous mes ancêtres les plus proches sont originaires de France ou de Belgique) ;
  • les personnes avec lesquelles je partage au moins un segment d’ADN suffisamment long (à partir de 9 ou 10 centimorgans environ), en étudiant en premier lieu les segments d’ADN les plus longs ;
  • et parmi ces segments, je m’intéresse surtout à ceux par lesquels je ne cousine pas avec trop de monde. Il existe en effet des « pile-up zones » (zones d’empilement) correspondant à des segments d’ADN qui se sont peu recombinés et sont donc très courants dans les populations européennes. Il est donc fort probable que l’ancêtre nous ayant transmis ce segment d’ADN commun soit très lointain et donc difficilement identifiable par les archives.

Remarque : je ne me base pas sur l’ADN total partagé, car je n’ai pas de cousinages suffisamment proches et les quantités d’ADN partagé ne sont alors pas significatives : on peut partager la même quantité d’ADN avec un cousin au 10ème ou au 20ème degré. Par ailleurs, le total d’ADN partagé peut être « pollué » par de petits segments d’ADN qui ne sont pas forcément significatifs.

Ensuite, pour chacune des correspondances ainsi identifiées, je recherche les origines géographiques de leurs ancêtres (soit en les contactant soit en consultant leur arbre en ligne), afin d’identifier nos origines communes.

L’avantage c’est que les différentes branches de ma généalogie ont des origines géographiques assez bien définies et distinctes. Lorsque je trouve une origine géographique commune avec une correspondance ADN, je peux donc l’associer avec une branche de mon arbre (donc généralement un arrière-arrière-grand-parent) même si je ne connais pas précisément notre ancêtre commun.

Origines géographiques des ancêtres de mes grands-parents
Origines géographiques des ancêtres de mes grands-parents

Dans certains cas, c’est plutôt simple : j’ai par exemple identifié plusieurs cousins ayant des origines dans le même petit village du Pas de Calais que mon arrière-arrière-grand-mère Zulma Briquet, ce qui m’a permis d’identifier des couples d’ancêtres communs avec plusieurs correspondances ADN.

Dans d’autres cas, la correspondance n’est pas évidente. J’ai par exemple étudié récemment la correspondance avec un homme ayant uniquement des ancêtres dans la Drôme et dans les Alpes, alors que je n’ai aucun ancêtre dans ces régions. Dans ce cas, le cousinage peut soit venir d’un père inconnu, d’un côté ou de l’autre, soit d’un ancêtre commun trop éloigné dans le temps pour pouvoir être retrouvé.

Ce que cela m’a permis de découvrir jusqu’ici

Grâce à ces analyses, j’ai donc déjà pu retrouver plusieurs cousinages, et associer des segments de mon ADN à des branches de ma généalogie.

Pour cela, je me suis créé un fichier Excel dans lequel je récapitule les correspondances ADN et les segments sur lesquels nous correspondons. J’ai représenté schématiquement les 22 chromosomes et je colorie dessus les segments d’ADN que je partage avec d’autres correspondances (en séparant le côté maternel et paternel puisque mes parents ont aussi fait le test). Puis, dès que j’ai une piste permettant de lier un segment de chromosome à une branche de ma famille, je le colorie dans une couleur spécifique à chaque branche

Exemple d’association des segments d’ADN sur les chromosomes 4 à 7 (les segments qui n’ont pas pu être associés restent en orange)
Exemple d’association des segments d’ADN sur les chromosomes 1 à 9 (les segments qui n’ont pas pu être associés restent en orange)

Ce que je trouve particulièrement émouvant, c’est de se rendre compte qu’un petit segment d’ADN en particulier nous a été transmis intact par notre mère, qui elle-même le tenait de son père, et ainsi de suite jusqu’à une arrière-arrière-arrière-grand-mère (ou encore plus loin).

Ce qui est intéressant également, c’est que le fait d’associer les segments d’ADN à une branche peut donner des pistes sur l’origine des cousinages pour les autres correspondances partageant ce même segment d’ADN. C’est le cas, par exemple, quand j’ai deux correspondances sur le même segment d’ADN et que je connais l’ancêtre commun avec l’un d’entre eux. Je peux alors en déduire que le cousinage avec la seconde personne se fera aussi par cette branche.

Par ailleurs, associer les segments d’ADN aux branches connues permet également d’identifier par exclusion les segments qui peuvent être liés aux branches inconnues de mon arbre.

Ainsi, j’ai également identifié un certain nombre de segments d’ADN liés à des cousins corses pour lesquels j’ai pu comparer les origines.

Pour cela, j’ai créé un second fichier Excel dans lequel je note les généalogies de mes correspondances ADN (pour ceux qui ont un arbre en ligne), afin de les comparer entre eux pour trouver des pistes de recherches pour mes branches inconnues.

Ainsi, en comparant les origines de mes correspondances corses, plusieurs zones géographiques ressortent, ce qui peut indiquer que mon arrière-grand-père corse avait peut-être également des ancêtres dans l’une ou l’autre de ces zones.

origines-correspondances-ADN-corses
Lieux d’origines des ancêtres de mes correspondances ADN corses

Cela me permet également de comparer ces données aux généalogies des « arrières-grands-pères potentiels » que j’ai trouvés jusqu’ici (en faisant la comparaison tant sur les villages d’origines que sur les noms de famille en commun).

Enfin, ces recherches par l’ADN ne sont pas utiles que pour nos propres recherches généalogiques : elles peuvent aussi aider nos cousins à la recherche de leurs ancêtres.

Grâce à ces analyses, j’ai par exemple trouvé des pistes pour identifier l’ancêtre français d’une correspondante américaine. Celle-ci n’avait jusqu’ici aucune piste sur l’origine exacte de son ancêtre en France : les documents ne mentionnaient pas précisément son lieu d’origine, et son nom de famille avait été modifié en arrivant aux Etats-Unis.

Grâce à notre correspondance ADN, j’ai pu retrouver la piste d’un cousin meusien au nom très proche qui disparait de France au moment où son ancêtre apparait aux Etats-Unis. Il pourrait donc bien s’agir de son ancêtre. Je ferai d’ailleurs un article à ce sujet bientôt, lorsque j’aurai pu faire les recherches nécessaires pour confirmer ou infirmer cette hypothèse.

Elise



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