Histoire d’un conscrit au 19ème siècle

Depuis plusieurs mois, pour compléter mes recherches généalogiques, j’ai entrepris de retracer le service militaire de tous mes ancêtres.

Ces recherches m’ont déjà permis de retrouver la situation face au service militaire d’un grand nombre de mes ancêtres au XIXème siècle. Tous n’ont pas eu à partir sous les drapeaux : certains ont été exemptés, d’autres ont eu la chance de tirer un « bon numéro » au tirage au sort, et d’autres encore se sont fait remplacer.

En faisant ces recherches, j’ai aussi découvert que plusieurs de mes ancêtres avaient eu à effectuer leur service militaire, et qu’ils avaient participé à différentes campagnes militaires du XIXème siècle (les campagnes Napoléoniennes, la guerre de 1870, …).

C’est le cas par exemple de Jean François Perbal, un ancêtre lorrain que j’aurais pu qualifier d’invisible avant ces recherches. En effet, il semblait n’avoir jamais quitté son village natal et avoir eu une vie assez calme.

En recherchant son parcours militaire, j’ai découvert un tout autre pan de son histoire.

Comme tous les jeunes hommes au 19ème siècle, Jean François Perbal a été soumis à la conscription militaire à ses 20 ans.

Lors du tirage au sort du canton d’Audun le Roman, il tire le numéro 65. Or cette année là, le contingent de son canton est fixé à 25 hommes. Ce numéro pourrait donc suffire pour qu’il soit libéré du service militaire. Mais beaucoup de jeunes hommes avant lui risquent d’être exemptés, et lui semble être en bonne santé.

Le 18 avril 1826, il doit donc se présenter devant le conseil de révision à Aumetz, avec les autres conscrits de son canton. Sur les 64 jeunes hommes qui se présentent avant lui, beaucoup sont libérés. Certains pour faiblesse de constitution, ou pour des infirmités, d’autres pour raisons familiales. Au final, seuls 20 des jeunes hommes examinés avant lui sont jugés capable de servir.

Procès verbaux des conseils de révision de la classe 1825 en Moselle (source : AD57 – cote 1 R 128)

Quand arrive son tour, Jean François Perbal est, quant à lui, jugé apte. Il est donc le 21ème conscrit de son canton à être inscrit sur les listes du contingent. Comme de nombreux conscrits de Moselle, il est alors affecté au 18ème Régiment de ligne.

Ce n’est que deux ans plus tard, le 22 juin 1828, que Jean François Perbal et ses camarades rejoignent effectivement leur régiment. A son arrivée, Jean François Perbal est inscrit dans les registres de contrôle de troupes sous le numéro 4667.

Contrôles de troupes du 18e Régiment d’Infanterie (source : SHD – cote GR 34 Yc 799)

Il reste ensuite en service dans son régiment pendant plus d’un an. Puis le 13 août 1829, il lui est accordé un congé d’un an. Il peut donc retourner temporairement dans ses foyers, à Mercy le Haut. Mais il n’est pas libéré de ses obligations militaires pour autant (à cette époque, la durée du service militaire actif est de 8 ans).

En début d’année 1830, l’expédition d’Algérie est décidée. Le 20 février 1830, le Ministre de la Guerre décrète que les bataillons destinés à l’expédition d’Algérie seront composés par le rappel des hommes en congés d’un an.

Le 23 mars 1830, Jean François Perbal est donc rappelé et affecté au 1er bataillon du 2ème Régiment d’Infanterie légère, destiné à prendre part à l’expédition.

Contrôles de troupes du 2e Régiment d’Infanterie légère (source : SHD – cote GR 34 Yc 3380)

Jean François Perbal rejoint donc son régiment à Strasbourg quelques jours plus tard, avant leur départ pour Toulon où ils doivent embarquer pour l’Algérie.

Jean François Perbal et le 1er bataillon arrivent à Toulon le 18 avril, et embarquent le 11 mai, à bord du Superbe. Mais le départ n’est pas immédiat : ils leur faut attendre que les vents soient favorables. Le départ n’est donc finalement donné que le 25 mai.

Le 14 juin 1830, après plusieurs jours de traversée, Jean François Perbal et son bataillon débarquent en Algérie.

Puis, plusieurs jours de combats s’ensuivent : à Sidi-el-Ferruch, où ils ont débarqué, puis au camp de Staouelly, et enfin dans différents engagements jusqu’à la fin de la prise d’Alger. Le 5 juillet, ils apprennent la reddition d’Alger.

Le 2ème Régiment d’Infanterie légère reste alors en position au camp de Staouelly, dans des conditions très insalubres. Pendant cette période, le régiment est très éprouvé, d’autant qu’une épidémie se déclare, envoyant plus de 800 hommes à l’hôpital.

Pendant ce temps, en France, la Révolution des Trois Glorieuses (27, 28 et 29 juillet 1830) renverse Charles X, qui abdique puis prend le chemin de l’exil.

Le 1er septembre 1830, le 2ème Régiment d’Infanterie légère est relevé de sa position. Puis, le 17 septembre, Jean François Perbal et son bataillon embarquent à bord de la frégate La Circée pour rentrer en France. Ils débarquent à Marseille le 1er octobre 1830.

Jean François Perbal reste ensuite en garnison avec son régiment, à Perpignan, jusqu’à sa libération du service militaire. Le 30 septembre 1833, après près de 5 ans sous les drapeaux, il est ainsi libéré de toute obligation militaire.

Il rejoint alors son village natal de Mercy le Haut où il commence à travailler comme tonnelier. Quelques années plus tard, il épouse Marie Thérèse Hurlaux, avec laquelle il aura 4 enfants et vivra une vie paisible à Mercy le Haut.

Ces recherches dans les archives militaires m’ont ainsi permis de découvrir un tout autre pan de l’histoire de mon ancêtre. Lui qui semblait avoir eu une vie assez simple se retrouve finalement être l’un de mes ancêtres ayant le plus voyagé, l’un des seuls à avoir pris le bateau et quitté le continent européen.

Et vous, avez-vous retracé le service militaire de vos ancêtres ? Avez-vous fait des découvertes à leur sujet ?

Elise



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