Les nouvelles pratiques de la généalogie

Dans ce nouvel article (et dans le suivant qui paraîtra la semaine prochaine), nous allons parler des nouvelles pratiques de la généalogie.

Mais, avant de commencer, revenons sur ce qu’est exactement la généalogie.

Qu’est-ce la généalogie ?

Selon sa définition la plus courante, la généalogie c’est la recherche de la parenté et de la filiation des personnes. C’est une pratique qui existe depuis l’Antiquité, mais qui s’est surtout développée au Moyen-âge.

A l’époque, elle était principalement utilisée par les nobles pour prouver leur noblesse de sang. Elle était également utile pour le « commun des mortels » car, dans le droit canon chrétien, les mariages entre personnes du même sang étaient interdits (jusqu’au 7e degré de parenté jusqu’en 1215, puis cela a été réduit au 4e degré de parenté). La généalogie était également utile dans le cadre de successions.

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La pratique de la généalogie en amateur, comme nous la connaissons aujourd’hui, ne s’est développée qu’au cours du XXème siècle. Les motivations des personnes pratiquant la généalogie ont alors évolué : il ne s’agit plus seulement de prouver une ascendance, mais surtout de savoir d’où l’on vient, de découvrir qui étaient nos ancêtres, et aussi souvent, de retrouver des cousins.

Cette évolution a surtout été rendue possible par l’amélioration de l’accès aux archives. En effet, depuis la fin du XIXème siècle, beaucoup de travaux ont été réalisés pour rendre les archives plus accessibles : elles ont été classées et des instruments de recherche de plus en plus détaillés ont été créés. Et plus récemment, la numérisation et la mise en ligne des registres paroissiaux et d’état civil ont également été d’une grande aide pour le développement de la généalogie.

En parallèle, la création d’associations de généalogie, et leurs travaux (relevés, études de familles, etc.) ont permis de faciliter les recherches de nombreuses personnes.

L’avènement de l’histoire familiale

Au fur et à mesure de son développement comme loisir, la pratique de la généalogie s’est progressivement éloignée de la simple recherche de filiation, et s’est étendue à l’histoire familiale et à la biographie d’ancêtres. De nos jours, en effet, on s’attarde plus sur l’histoire de nos ancêtres que sur la recherche de la filiation elle-même.

Par exemple, lorsque l’on recherche les parcours militaires de nos ancêtres, ou lorsque l’on retrouve leurs maisons, on est assez éloigné de la recherche de filiation.

Comme pour le développement de la généalogie en amateur, la facilité d’accès aux ressources, ainsi que l’amélioration de la connaissance de ces ressources (en particulier grâce aux différentes publications : livres, revues, blogs, etc.), ont été une grande aide pour le développement de l’histoire familiale.

Ce qui a aidé aussi, c’est que les recherches généalogiques « pures » sont devenues plus simples (grâce aux relevés d’associations et aux arbres en ligne, en particulier). Cela permet de construire l’ossature de l’arbre généalogique plus facilement, et de consacrer plus de temps aux recherches sur l’histoire familiale.

L’arrivée des indexations « massives »

Dernièrement, les indexations ont fait leur entrée dans le monde de la généalogie. Celles ci existent sous la forme d’indexations collaboratives (lancées par des services d’archives ou des entreprises comme Geneanet) ou d’indexations « massives » (faites par des entreprises comme Filae).

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Depuis que ces indexations ont vu le jour, elles ont reçu de nombreuses critiques. L’un des arguments qui revient le plus souvent, c’est qu’il s’agit d’une pratique qui détruit le plaisir de la recherche, en donnant trop facilement accès aux informations, voire même qui « tue » la généalogie. Certains considèrent également que ces indexations vont donner naissance à de « mauvais » généalogistes, car leur travail sera trop mâché et ils ne sauront donc pas vraiment faire des recherches généalogiques.

Pour ma part, je pense que ces indexations jouent le rôle de facilitateur d’accès à la généalogie. Et comme on l’a vu, tout au long de l’histoire de la généalogie, ce sont les facilitateurs d’accès qui ont permis son développement.

En cela, les indexations jouent le même rôle que les arbres en ligne et les relevés, il y a quelques années, mais en bien plus fiable, puisqu’elles permettent d’accéder directement aux images des archives.

Une porte d’entrée vers l’histoire familiale

Les indexations des registres paroissiaux et d’état civil permettent aussi de faire des découvertes qui auraient été difficilement possibles avant. Et de mettre au jour des parcours de vie passionnants et insoupçonnés.

Par exemple, pendant longtemps j’ai recherché l’origine d’un couple d’ancêtres dont le fils était tuilier dans la Marne au 18ème siècle. J’ai recherché tous les actes les concernant, enquêté sur leurs témoins, les parrains et marraines de leurs enfants, etc. J’ai suivi leurs traces dans différentes communes de la Marne, de l’Aisne et de l’Aube. J’ai recherché dans des lieux où il y avait des tuileries. J’ai fini par retrouver les actes de sépulture du mari et de sa seconde épouse dans deux petits villages de l’Aisne.

Et puis récemment, Filae a mis en ligne des indexations des registres paroissiaux de la Marne et de l’Aube. J’y ai donc recherché les différents membres de la famille. Et ainsi, j’ai découvert l’acte de sépulture de la femme dans un village de l’Aube assez éloigné où la famille était apparemment de passage. Et dans cet acte j’ai découvert que la famille venait d’un autre village de l’Aube encore plus éloigné et où je n’aurais jamais pu penser à chercher.

Acte de sépulture de mon ancêtre retrouvé sur Filae

Acte de sépulture de mon ancêtre retrouvé sur Filae

Ce genre de découverte généalogique, c’est typiquement ce qui donne envie de se pencher sur le parcours de ses ancêtres, pour comprendre ce qu’ils ont vécu, pourquoi ils ont fait de si grands déplacements, etc.

En effet, si on se place du point de vue histoire familiale, ces indexations sont là encore un facilitateur d’accès : la conception d’arbre généalogique devient plus simple et cela laisse ainsi plus de temps pour se pencher sur l’histoire de nos ancêtres.

Par ailleurs, la diversification des relevés et des indexations donne de nouveaux points d’entrée dans l’histoire familiale.

Par exemple :

  • l’indexation des recensements permet de découvrir un ancêtre vivant là où on ne s’y attendait pas, et cela donne donc envie de creuser davantage pour comprendre son parcours ;
  • les relevés des registres militaires permettent de découvrir un parcours militaire insoupçonné pour un ancêtre, et donnent envie de creuser davantage sur son parcours, mais aussi de savoir si d’autres ancêtres ont également été militaires.

Et à l’avenir ?

Depuis le développement de la généalogie amateur, l’amélioration de l’accès aux archives a été l’un des principaux moteurs de l’évolution des pratiques généalogiques : grâce au travail des archivistes, mais aussi d’acteurs extérieurs (associations, passionnés ou entreprises).

Les indexations « massives » rentrent donc naturellement dans cette évolution : grâce à ces indexations, de nouvelles personnes découvrent la généalogie et ont donc plus facilement envie de continuer. Et elles permettent aux généalogistes confirmés de découvrir des informations qu’ils n’auraient peut-être jamais pu découvrir sinon.

Tout travail qui vise à améliorer l’accès aux archives (qu’il soit fait par les services d’archives ou par des acteurs extérieurs) devrait donc être accueilli à bras ouverts, car il permet l’essor de la généalogie.

Et à l’avenir, on peut s’attendre à de plus en plus de facilités d’accès aux archives : que ce soit par la mise en ligne de nouvelles ressources (archives ou instruments de recherche), par leur indexation ou par la création de nouveaux outils.

La semaine prochaine, nous parlerons de la généalogie génétique.

Et vous, comment pratiquez-vous la généalogie ? Utilisez-vous les indexations ? Partagez votre point de vue dans les commentaires.

Elise



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