Retracer le parcours d’un prisonnier pendant la Grande Guerre

Mon arrière-grand-père lorsqu'il était prisonnier

Au fil de mes recherches sur les parcours de mes ancêtres pendant la Grande Guerre, j’ai cherché à retracer le parcours de mon arrière-grand-père, Emile Raoul Blanchard, comme prisonnier de guerre.

Initialement, je savais uniquement qu’il avait été fait prisonnier grâce à une photo conservée dans les archives familiales. Mais rien de plus : personne dans la famille ne connaissait son parcours pendant la guerre. Il est en effet décédé jeune, en 1933, et il n’a donc jamais parlé de cette période à ma grand-mère qui n’avait alors que 12 ans.

Le parcours de mon arrière-grand-père

Lorsque la Grande Guerre est déclarée, Emile Blanchard a 26 ans. Il est rappelé à l’activité le 2 août, et rejoint le 366e Régiment d’Infanterie. Pendant les premiers mois de la guerre, lui et son régiment prennent part à de nombreux combats, autour de Verdun, en particulier dans la Woëvre.

A partir de février 1916, le 366e Régiment d’Infanterie participe à la défense du secteur de Fresnes en Woëvre. Le 7 mars 1916, après de violents bombardements, le village est repris par les troupes allemandes. Ce jour-là, le Journal des Marches et Opérations de son régiment fait état de 578 soldats ou officiers portés disparus. Mon arrière-grand-père est parmi eux.

Extrait du Journal des Marches et Opérations de son régiment (source : Mémoire des Hommes / SHD)

Extrait du Journal des Marches et Opérations de son régiment (source : Mémoire des Hommes / SHD)

Beaucoup de ces soldats sont en fait tombés aux mains de l’ennemi et ont été emmenés comme prisonniers. 

Emile Raoul Blanchard fait partie d’un convoi de soldats évacués du front le lendemain, en direction de l’Allemagne.

Extrait des listes de prisonniers emmenés au camp de Hammelburg (source : CICR)

Extrait des listes de prisonniers emmenés au camp de Hammelburg (source : CICR)

C’est donc dans le camp de Hammelburg que mon arrière-grand-père passe le reste de la guerre.

La vie dans le camp de Hammelburg

Le camp de Hammelburg se trouvait en Bavière, non loin de la commune du même nom. Il hébergeait environ 5000 prisonniers français mais aussi anglais, russes et italiens.

Vue générale du camp de Hammelburg

Vue générale du camp de Hammelburg

Comme la plupart des camps, il était composé de baraques en bois dans lesquelles dormaient les prisonniers. Les conditions de vie des prisonniers y étaient assez difficiles : les paillasses étaient sales et rarement changées, la nourriture insuffisante, etc. Ces conditions faisaient que les épidémies (de typhus, variole ou choléra) étaient fréquentes dans les camps.

Les prisonniers ne restaient toutefois pas dans le camp en continu. En effet, ils étaient affectés à des détachements de travail qui étaient envoyés dans les usines d’armement ou dans les champs.

Comme les autres prisonniers du camp, mon arrière-grand-père a donc été amené à travailler à l’extérieur du camp. Et c’est sûrement lors de ces travaux à l’extérieur qu’a été prise cette autre photographie retrouvée dans les photographies de famille.

Mon arrière-grand-père lorsqu'il était prisonnier à Hammelburg

Mon arrière-grand-père lorsqu’il était prisonnier à Hammelburg

Le moral des prisonniers

En dehors des périodes de travail, le plus grand ennemi des prisonniers était certainement la mélancolie de se retrouver loin des leurs et loin du front. Dans les camps, les prisonniers s’organisaient pour mettre en place des activités dont le but est de « chasser le cafard ».

Ainsi à Hammelburg, un journal (« L’Exilé ») a été mis en place afin de communiquer sur les activités offertes aux prisonniers, et offrir une tribune à ceux qui souhaitaient prendre la plume. Bien sûr, ces journaux de camp étaient soumis à la censure, mais ils restent un témoignage exceptionnel pour connaître les préoccupations et les loisirs des prisonniers.

L'Exilé, journal des prisonniers du camp de Hammelburg (source : Gallica / BNF)

L’Exilé, journal des prisonniers du camp de Hammelburg (source : Gallica / BNF)

Ainsi, à Hammelburg, des compétitions sportives (tournois de football, etc.) et des concours de confection d’objets, étaient organisés. Dans certains camps on montait aussi des représentations théâtrales. Mais le théâtre de Hammelburg semble avoir fermé à l’été 1916 peu de temps après l’arrivée de mon arrière-grand-père dans le camp. Il n’en a donc probablement pas beaucoup profité.

La fin de la guerre

Le 11 novembre 1918, les clauses de l’Armistice prévoient la libération immédiate des prisonniers de guerre. La grande majorité des prisonniers est donc de retour en France entre novembre et décembre 1918.

Mon arrière-grand-père, pour sa part, est rapatrié le 26 décembre 1918. Il n’est toutefois pas encore démobilisé : après un court congé, il doit rejoindre son régiment et n’est démobilisé définitivement que le 10 juillet 1919. Il se retire alors à Fleury sur Aire où il reprend son travail comme fromager.

Suite à sa participation à la guerre, mon arrière-grand-père a reçu la Médaille interalliée de la Victoire, une des rares médailles commémoratives auxquelles les prisonniers ont eu droit. En effet, à leur retour de captivité les anciens prisonniers n’ont souvent pas eu droit aux mêmes honneurs que ceux qui revenaient du front.

La médaille interalliée était initialement réservée aux soldats ayant passé au moins 3 mois au front. De ce fait, tous ceux qui avait été faits prisonniers dès les premiers mois de la guerre en étaient privés (mais l’attribution de la médaille a été étendue en 1926). De même, ce n’est qu’en 1922 que les soldats décédés dans les camps de prisonniers ont eu droit à la mention « Mort pour la France ».

Elise



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