39-45 : Chercher dans les archives de l’ONAC
Dans cet article, nous allons voir comment les archives de l’ONAC (Office national des anciens combattants) nous permettent de retrouver les membres de notre famille durant la guerre de 39-45.
Nous allons voir :
- Pourquoi les archives de l’ONAC contiennent des dossiers sur les civils
- Comment retrouver le dossier d’un ancien combattant de 39 45
- Comment retrouver le dossier d’un travailleur du STO, ou d’un réfractaire au STO
- Comment retrouver le dossier d’un combattant volontaire de la Résistance
Sommaire
L’Office national des anciens combattants (ONAC)
Qu’est-ce que l’ONAC ?
L’Office national des anciens combattants (ONAC) a été créé le 2 mars 1916, en plein milieu de la Première Guerre mondiale.
Ses premières missions étaient d’apporter une aide morale et matérielle aux anciens combattants, aux victimes de guerre, aux veuves de guerre et aux pupilles de la Nation.
A partir de 1946, l’ONAC a également assuré l’aide aux prisonniers, aux déportés et aux réfugiés de la Seconde Guerre mondiale.
Pour cette raison, les archives de l’ONAC ne se limitent pas seulement aux anciens combattants ; elles concernent également tous ceux qui ont été victimes d’un conflit.
Remarque : au cours de son existence, l’ONAC a changé de nom à plusieurs reprises. Son intitulé actuel est « Office national des combattants et des victimes de guerre » (ONaCVG).
Que contiennent les archives de l’ONAC ?
Les archives des directions départementales de l’ONAC nous permettent de retrouver de nombreux documents sur nos ancêtres en 39-45.
En effet, on peut y retrouver des dossiers, des fiches nominatives et des listes sur :
- les anciens combattants
- les prisonniers de guerre
- les résistants de 39 45
- les travailleurs forcés du STO (Service du travail obligatoire)
- les réfractaires au STO
- les civils internés ou déportés
- les civils blessés ou tués
- les réfugiés
- les disparus
Comment consulter les archives de l’ONAC ?
Les Archives des directions départementales de l’ONAC sont conservées aux Archives départementales, dans la série W des archives contemporaines.
A l’heure actuelle, elles sont encore assez peu numérisées, à l’exception de certaines Archives départementales, comme celles du Finistère.
Dans la plupart des départements, il faudra donc se rendre sur place, en salle de lecture, pour les consulter.
Néanmoins, au cours des années qui viennent, ces archives devraient de plus en plus être numérisées et mises en ligne.
Carte du combattant
Statut d’ancien combattant
La carte du combattant a été créée par la loi du 20 décembre 1926. Elle était alors attribuée à toute personne qui avait fait partie d’une unité combattante pendant un délai minimum de 3 mois.
Toutefois, la durée minimale de 3 mois n’était pas exigée pour les anciens combattants de 14 18, qui avaient été évacués en raison d’une blessure, ou faits prisonniers.
Les titulaires de la carte du combattant avaient le droit de porter une décoration : la croix du combattant.
Dossier de carte du combattant
Un dossier de demande de la carte de combattant permet de retrouver :
- les services militaires de l’ancien combattant : unités, périodes d’affectation, etc.
- les grades successifs
- les blessures et les maladies contractées au cours des combats
- les périodes de captivité : date et lieu de capture, les camps successifs, les éventuelles évasions, etc.
- les services de guerre antérieurs au 3 septembre 1939
- les services dans les armées alliées
- etc
Un dossier d’ancien combattant de 39-45 peut également contenir des informations sur les services effectués dans la Résistance :
Combattant volontaire de la Résistance (CVR)
Le statut de combattant volontaire de la Résistance (CVR) a été créé en 1949 pour reconnaître l’engagement des résistants français durant la Seconde Guerre mondiale.
Les titulaires de ce statut avaient le droit de porter une décoration : la Croix du combattant volontaire de la Résistance.
Les archives de l’ONAC permettent de retrouver les dossiers des combattants volontaires de la Résistance.
Ces dossiers permettent de retrouver de nombreux éléments sur un résistant : les groupements dont il a fait partie, des certificats d’appartenance aux FFI ou aux FFC, des mentions de décorations, des témoignages d’anciens compagnons, etc.
Pour les retrouver, vous pouvez consulter l’article que j’ai écrit à ce sujet : Retrouver un résistant FFI, FTP, médaillé, fusillé ou déporté
Travailleurs STO en 39 45
Statut de travailleur STO
Les archives de l’ONAC contiennent également des dossiers sur les travailleurs du STO (Service du travail obligatoire).
En effet, à partir du 17 février 1943, environ 650 000 travailleurs français furent réquisitionnés et transférés en Allemagne afin de participer à l’effort de guerre allemand.
Par la loi du 15 mai 1951, les travailleurs forcés du STO ont pu obtenir le statut officiel de personne contrainte au travail.
Ce statut permettait d’obtenir des réparations sous différentes formes : des indemnités, des pensions, et des accès à des emplois réservés.
Dossier de travailleur STO
Les dossiers des travailleurs STO sont appelés « dossiers de demande d’attribution de la carte de personne contrainte au travail »
Ces dossiers permettent de retrouver de nombreuses informations sur un parent ou un grand-parent ayant fait une demande :
- la date de départ pour le STO et la date de rapatriement
- les lieux de travail successifs
- les blessures et maladies contractées au cours de la période de travail contraint
- des photos d’identité
- etc.
Un dossier contient également diverses attestations servant à prouver que le demandeur a bien participé au Service du travail obligatoire.
Par exemple, voici un certificat attestant qu’il est de notoriété publique que le demandeur a été réquisitionné par le STO et déporté en Allemagne :
Après la Libération, les travailleurs du STO ont eu du mal à faire reconnaître les souffrances et les préjudices qu’ils avaient subis. D’ailleurs, ils ont souvent été nommés « les oubliés de la Seconde Guerre mondiale ».
Réfractaires STO
Statut de réfractaire au STO
Le statut de réfractaire au STO a été créé par la loi du 23 août 1950 afin de reconnaître les souffrances, le préjudice et le courage de ceux qui ont refusé de participer à l’effort de guerre de l’ennemi.
Les réfractaires pouvaient déposer une demande de carte du réfractaire STO auprès des services de l’ONAC. De plus, ils avaient le droit de porter une décoration : la médaille du réfractaire.
Dossier de réfractaire STO
Un dossier de demande de la carte de réfractaire permet de retrouver ce qu’un membre de notre famille a fait durant sa période de réfractariat :
- son domicile
- les noms et les adresses de ses employeurs
- les dates et la nature des recherches dont il a fait l’objet
- les dates et les lieux de ses éventuelles périodes d’internement
- les blessures et les maladies qu’il a pu contracter
- des photos d’identité
- etc.
Tout comme les travailleurs forcés du STO, les réfractaires ont souvent été exclus du devoir de mémoire, car tant d’autres avaient été plus héroïques ou plus victimes qu’eux.
Il est à noter que beaucoup de réfractaires ont rejoint la Résistance. Cependant, la plupart d’entre eux n’ont pas demandé le statut de réfractaire, car ils étaient déjà reconnus comme Combattant volontaire de la Résistance.
Victimes de guerre
Recensement des victimes de guerre
Les archives de l’ONAC contiennent également des fiches nominatives sur les victimes de guerre.
Ces fiches ont été réalisées suite au décret du 16 février 1945, qui prévoyait un « recensement officiel de toutes les personnes qui avaient souffert dans leur liberté ou leur existence de l’occupation ennemie ou de la guerre » :
- les membres de l’armée faits prisonniers après le 24 juin 1940,
- les travailleurs volontaires et les travailleurs du STO,
- les déportés, les internés et les emprisonnés,
- les civils blessés, tués ou disparus,
- les personnes encore réfugiées à la date du décret.
Remarque : les prisonniers de guerre capturés avant le 24 juin 1940 ont été exclus car ils avaient déjà été recensés.
Dans la pratique, ce recensement a été mené par le Service national des statistiques (ancêtre de l’INSEE). Pour cela, neuf fiches ont été établies pour les différentes catégories de victimes :
- Prisonniers capturés postérieurement à juillet 1940
- Internés et déportés
- Internés et déportés libérés ou évadés
- Internés et déportés décédés
- Travailleurs déportés
- Personnes disparues depuis le 3 septembre 1939
- Personnes tuées par faits de guerre ou de résistance depuis le 3 septembre 1939
- Personnes blessées par faits de guerre ou action de résistance depuis le 3 septembre 1939
- Familles transplantées en Allemagne ou en territoire étranger sous contrôle allemand
En parallèle, un recensement des personnes et des familles réfugiées a également été mené.
Les fiches des victimes de guerre ont été remplies par les mairies (sous la dictée des familles), ou directement par les intéressés (dans le cas des internés et déportés libérés ou évadés).
La majorité de ces fiches ont été établies au début de l’année 1945. Par la suite, de nouvelles fiches ont dû être dressées lorsque les déportés et les prisonniers ont commencé à être rapatriés.
Ces informations, qui ont été recueillies par l’INSEE, n’auront pas uniquement servi à établir des tableaux de statistiques.
En effet, comme il est rappelé dans l’entête de certaines fiches : « Dans votre intérêt, dans l’intérêt de tous les absents, nous vous demandons de remplir ce questionnaire de façon aussi complète et exacte que possible. Les renseignements que vous donnerez permettront peut-être de trouver certains de vos camarades dont les parents sont sans nouvelles et qui souffrent en attendant que nous fassions quelque chose pour eux. »
Fiches des prisonniers, déportés, internés, disparus, tués et blessés
Les fiches du recensement des victimes de guerre permettent de retrouver de nombreuses informations sur les déportés, les internés, les prisonniers de guerre, les blessés, les tués et les disparus.
A titre d’exemple, voici le recto et le verso d’une fiche de déporté :
Pour un déporté ou un interné, on retrouvera des informations sur :
- son arrestation : date, lieu, motifs, témoins, autorité ayant procédé à l’arrestation, noms des personnes arrêtées dans la même affaire,
- sa condamnation : date, peine, et autorité l’ayant jugé,
- sa déportation : date du départ de France, dernier lieu de détention connu, nom de son avocat ou de son aumônier, liste de ses codétenus,
- éventuellement, la date de libération ou d’évasion.
Pour les travailleurs déportés, on pourra retrouver :
- la date du départ et le nom du bureau d’embauche,
- le travail en Allemagne : l’adresse en Allemagne, le métier exercé et le nom de l’employeur,
- la date du retour ou du décès.
Pour les blessés, les tués et les disparus, on retrouvera :
- la date et le lieu de la blessure, du décès ou de la disparition,
- les circonstances : opérations de guerre, opérations de résistance, bombardements…
- éventuellement, la formation militaire ou la formation FFI de la personne concernée.
Enfin, les fiches des militaires faits prisonniers après le 24 juin 1940 indiquent le camp d’internement et le numéro de matricule du prisonnier de guerre.
Fiches familiales des réfugiés
Les fiches familiales de recensement des réfugiés permettent de retrouver de nombreux éléments sur tous ceux qui n’étaient pas encore rentrés chez eux au début de l’année 1945.
A titre d’exemple, voici le recto et le verso de la fiche d’une famille réfugiée :
Ces fiches de recensement permettent de connaître :
- la composition de la famille : noms, prénoms, âges, liens de parenté,
- l’adresse avant le début de la guerre,
- l’adresse au moment du recensement,
- la date d’arrivée dans la commune,
- la profession du déclarant,
- les pièces justificatives présentées : carte d’identité de réfugié, carte de sinistré, carte d’alimentation…
- les ressources personnelles : allocation des réfugiés, pension de retraite, paie…
- la situation de leur habitation d’origine,
- des observations diverses : « elle attend un second enfant pour fin juin », etc.
La majorité des déclarants sont des femmes et des retraités. Cela n’est pas surprenant dans la mesure où beaucoup d’hommes étaient alors prisonniers en Allemagne, travailleurs du STO ou réfractaires.
Dans tous les cas, ces fiches sont très utiles pour retracer le parcours de tous ceux qui n’ont pas participé directement à la guerre ou à la Résistance.
Prisonniers politiques et déportés
Les archives de l’Office national des anciens combattants et victimes de guerre peuvent également contenir des fiches sur les prisonniers politiques et les déportés.
Ces fiches ont été établies pour la plupart durant la Libération, avant la capitulation de l’Allemagne, lorsque le sort de nombreux prisonniers et déportés n’était pas encore connu.
Ces fiches permettent de retrouver des informations sur l’arrestation, l’internement et la déportation d’un civil :
- le lieu et la date de l’arrestation
- l’autorité ayant procédé à l’arrestation : Sicherheitsdienst, Feldgendarmerie, Geheime Feldpolizei, Milice, Police française, Gendarmerie française, Wehrmacht, Gestapo, patrouilles allemandes…
- l’appartenance à une organisation de la Résistance, et si oui, le nom du groupement,
- le motif de l’arrestation : résistance, actes de sabotage, gaullisme, communisme, hébergement d’un parachutiste, tentative d’embarquement pour l’Angleterre, audition de la radio anglaise, otage, rafle, etc.
- la cause de l’arrestation : flagrant délit ou dénonciation,
- les lieux et les dates d’internement en France,
- la date du départ pour l’Allemagne,
- la liste de ses camps de concentration : Ravensbrück, Buchenwald, Dora…
- la date des dernières nouvelles reçues
- le nom et l’adresse du déclarant et/ou de la personne à prévenir.
- des observations diverses : « condamné à mort », « la déclarante a été elle-même détenue plusieurs mois », etc.
- éventuellement, la date de retour ou de décès.
Liste de prisonniers de guerre (1940-1941)
Les Archives de l’ONAC peuvent également contenir des listes de prisonniers de guerre, qui ont été établies entre décembre 1940 et avril 1941 par le Centre national d’information sur les prisonniers de guerre.
Ces listes ont été adressées au préfet de chaque département, afin qu’elles soient diffusées auprès de la population et des familles.
Par la suite, après la fin de la guerre, elles ont été parfois transmises aux directions départementales de l’ONAC.
Organisées par commune, ces listes indiquent pour chaque prisonnier de guerre :
- son nom et son prénom,
- son métier,
- son régiment,
- le stalag (ou l’oflag) où il est emprisonné.
Lorsque le camp n’est pas indiqué, cela signifie que le soldat était alors dans un camp provisoire dont il était interdit d’indiquer l’emplacement.
Bien entendu, ces listes peuvent contenir des erreurs, en raison des conditions difficiles dans lesquelles leurs informations ont été recueillies.
Occupation et libération des communes
Les archives de l’ONAC contiennent des enquêtes sur l’occupation et la libération des communes durant la guerre de 39-45.
Ces enquêtes ont été réalisées vers 1949 par le biais d’un questionnaire adressé au maire de chaque commune.
Ce questionnaire était composé de 37 questions portant sur :
- le déroulement de l’occupation : dates de passage et de séjour des Allemands,
- les civils pris en otage et les violences subies,
- les destructions de bâtiments publics et de propriétés privées,
- les prisonniers de guerre, les blessés et les fusillés,
- les bombardements subis avant l’occupation,
- les personnes ayant participé à la Résistance,
- les actes de sabotage contre les Allemands,
- les personnes arrêtées par la police (allemande ou française).
Les réponses à cette enquête permettent donc de retrouver toutes sortes d’informations sur l’occupation allemande au sein de chaque commune : les destructions, les victimes civiles, les actions de résistance, etc.
Il est à noter que ces enquêtes ont été réalisées uniquement à des fins historiques. D’ailleurs, les réponses apportées étaient strictement confidentielles, et il a été prévu dès le départ qu’elles ne seraient pas communiquées avant un délai d’au moins 50 ans.
Ces questionnaires ont donc été établis pour le devoir de mémoire, précisément pour que des personnes comme nous les lisions plusieurs décennies plus tard.
A côté de ces enquêtes, on retrouve également des récits et des rapports sur le déroulement de l’occupation de communes.
Ces récits concernent généralement l’histoire des réseaux de résistance et les violences sur les civils.
Par exemple, voici un extrait d’un rapport établi par un maire sur les exécutions sommaires perpétrées dans sa commune par les occupants :
Tous ces témoignages sont importants car ils relatent à chaque fois des faits précis, tels qu’ils ont été vécus par ceux qui étaient présents.
C’est comme si, au lendemain de la guerre, nous pouvions nous rendre dans un village et un habitant nous racontait ce qu’il a vu.
Voilà qui conclut ce dossier sur les archives de l’ONAC sur la guerre de 39-45.
Je précise que tous les documents figurant dans cet article sont issus du site des Archives départementales du Finistère. Je tiens à saluer leur travail remarquable de mise en ligne des archives de la Seconde Guerre mondiale.
Elise
Et vous ? Avez-vous des ancêtres qui pourraient figurer dans les fiches des prisonniers politiques et déportés, dans les listes de soldats prisonniers, ou dans les enquêtes sur l’occupation et la libération des communes ?














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