Une découverte grâce aux déclarations de successions

TaverneParmi les archives de l’enregistrement, les déclarations de succession constituent une ressource incontournable pour se faire une idée du patrimoine de nos ancêtres au moment de leur décès.

En effet, même lorsqu’il n’y avait pas d’inventaire après décès, la valeur des biens dépendant d’une succession était évaluée. Et cette valeur était ensuite indiquée sur la déclaration de succession.

J’ai donc entrepris de rechercher les déclarations de successions de mes ancêtres, afin de mieux connaître leurs conditions de vie. C’est ainsi que j’ai découvert un pan insoupçonné de la vie d’un couple de mes ancêtres, Jean Hubert Briquet et Colette Théry.

Parcours de Jean Hubert Briquet et Colette Théry

Jean Hubert Briquet est né à Estrées (Nord), en 1833, et Colette Théry est née dans le village voisin de Gouy-sous-Bellonne (Pas de Calais), en 1836. Ils se marient en 1855, puis s’installent à Gouy-sous-Bellonne. Lui, travaille alors soit comme journalier, soit comme couvreur. Elle, est ménagère ou journalière.

Tous deux ont donc certainement des conditions de vie assez modestes. Sur les recensements de 1861, il est même indiqué qu’ils sont « indigents, secourus par le bureau de bienfaisance ».

Entre 1866 et 1869, la famille part s’installer à Pontru, dans l’Aisne (à 55 km au sud de Gouy). Lors de leurs années à Pontru, Jean Hubert Briquet est ouvrier de fabrique. Il travaillait alors peut-être à la sucrerie de Pontru (que l’on appelait alors « fabrique de sucre »).

Vers 1882, ils partent s’installer dans la commune de Macquigny (Aisne) avec 4 de leurs enfants. C’est là que Jean Hubert décède en janvier 1884, à l’âge de 50 ans.

Parcours de la famille Briquet de 1855 à 1884

Parcours de la famille Briquet de 1855 à 1884

Découverte de la déclaration de succession de Jean Hubert Briquet

Jean Hubert et sa femme semblent avoir eu des conditions de vie assez modestes. Je ne m’attendais donc pas à ce qu’une déclaration de succession ait été établie suite au décès de Jean Hubert.

Toutefois, en consultant les tables de successions et absences, j’ai découvert qu’il existait bien une déclaration de succession. J’ai donc pu de me faire une idée de la « fortune » de mes ancêtres.

Et cette déclaration de succession s’est révélée particulièrement intéressante parce que le détail des biens mobiliers possédés par mes ancêtres y avait été reporté (ce qui est rarement le cas, pour le mobilier).

Extrait de la déclaration de succession de Jean Hubert Briquet

Extrait de la déclaration de succession de Jean Hubert Briquet (source : AD Aisne)

Ainsi, j’ai pu découvrir les différents meubles et objets que la famille possédait, ce qui permet de se faire une idée de leurs conditions de vie.

Ils vivaient alors à 5 dans leur maison : Jean Hubert, sa femme Colette, et leurs 3 enfants encore mineurs (leurs deux filles aînées étant déjà mariées).

Comme c’était souvent le cas, ils ne possédaient que deux lits (probablement un pour les parents et un pour les enfants). Ils avaient par contre deux tables, deux bancs et six chaises, ce qui semble beaucoup pour une seule famille.

De même la quantité de vaisselle, en particulier les chopes et les verres, était assez importante.

Mais ce qui m’a encore plus intriguée, c’est la grande quantité d’alcool qu’ils possédaient : un litre de Vermouth, 70 bouteilles de vin rouge et près de 300 litres d’alcool pur…

Extrait de l'inventaire des biens de Jean Hubert Briquet

Extrait de l’inventaire des biens de Jean Hubert Briquet

En effet, en lisant la déclaration de succession, j’ai découvert que Jean Hubert et sa femme étaient alors débitants de boissons. Ces quantités d’alcool n’étaient donc pas dédiées à leur consommation personnelle !

De même les nombreuses chopes, et les tables et bancs, devaient servir à l’accueil des clients.

C’est une découverte à laquelle je ne m’attendais pas, car Jean Hubert Briquet n’était jamais mentionné comme débitant dans les actes d’état civil. Et rien ne laissait présager que lui et sa femme aient pu acquérir un fonds de commerce.

Acquisition du débit de boisson

En poursuivant les recherches dans les archives de l’enregistrement, j’ai découvert qu’ils avaient acquis ce débit de boisson à Macquigny, en mars 1882.

En effet, deux actes notariés sont alors enregistrés.

Le premier est un acte de cession du fonds de commerce de débit de boisson entre André Pruvost et Jean Hubert Briquet, avec jouissance immédiate. Le même jour, un état détaillé est réalisé afin d’estimer le montant du mobilier, du matériel et des marchandises cédés par M. Pruvost.

L’état détaillé ne figure pas dans l’acte, mais il permet  de connaître les sommes dont Jean Hubert Briquet a dû s’acquitter pour l’acquisition du fonds de commerce :

  • 658 francs pour le mobilier et le matériel ;
  • 556,95 francs pour les marchandises.
Enregistrement de la cession du débit de boisson

Enregistrement de la cession du débit de boisson

Le second acte est le bail d’une maison à Macquigny, située rue de Guise. Les propriétaires de cette maison sont également des membres de la famille Pruvost.

L’enregistrement du bail permet de découvrir une description de la maison louée. Celle-ci est constituée :

  • d’un bâtiment en pierres et ardoises de plusieurs pièces, avec étage et grenier ;
  • et de plusieurs bâtiments en bois et torchis, couverts en pannes (une sorte de tuile utilisée en Picardie).

Jean Hubert Briquet et sa femme n’étaient donc pas propriétaires de leur maison. Mais, à l’aide des noms des propriétaires, je pourrai retrouver l’emplacement de leur débit de boisson dans le cadastre.

Grâce à cette déclaration de succession, j’ai donc pu découvrir un nouveau pan de l’histoire de mes ancêtres. Cette recherche me permet de mieux connaître le déroulement de leur vie, et d’avoir une idée plus précise de leurs conditions de vie à Macquigny.

Elise



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