Sur les traces de mon arrière-grand-père, pupille de l’assistance

IMG_0766L’année dernière, lors d’une visite aux Archives Départementales de la Meuse, j’ai pu découvrir le dossier de pupille de l’assistance de mon arrière-grand-père Emile Blanchard.

Je ressens encore aujourd’hui l’émotion à l’ouverture de son dossier et à la découverte de lettres écrites de sa main plus de 100 ans auparavant et que personne de la famille n’avait jamais vues depuis.

Ce dossier était beaucoup plus complet que ceux que j’avais pu consulter quelques temps plus tôt aux Archives de Paris. Il contenait de nombreux documents et lettres qui m’ont beaucoup appris sur le parcours de mon aïeul, et particulièrement sur sa période d’apprentissage du métier de fromager.

Grâce à ces documents, j’ai donc pu retracer la vie de mon ancêtre de la mort de sa mère, alors qu’il n’avait que 1 an, jusqu’à son départ pour son service militaire.

L’enfance d’Emile Blanchard

Emile Blanchard naît de père inconnu en octobre 1887 dans une petite commune de la Meuse, non loin de Bar-le-Duc. Sa mère, âgée de 31 ans, est veuve depuis un an et demi. Lorsqu’elle décède, en octobre 1888, elle laisse son fils Emile seul à l’âge d’à peine un an.

Avant de consulter son dossier, je n’avais aucune idée de ce qui était arrivé à Emile et de l’endroit où il avait passé son enfance. J’ai ainsi appris qu’il avait d’abord été accueilli par son oncle et sa tante qui tenaient une auberge à Bar-le-Duc. Néanmoins, l’établissement est de mauvaise réputation, et la conclusion d’une enquête sur la conduite et la moralité des époux Blanchard est sans appel :

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« Renseignements sur la conduite et la moralité des époux Blanchard » (source : AD55 – Série W)

Ne pouvant pas rester chez son oncle, Emile est donc confié à l’Assistance Publique en janvier 1889, et placé chez une nourrice très peu de temps après. Il y restera jusqu’à ses 13 ans et son premier placement en apprentissage.

L’apprentissage du métier de fromager

C’est sur sa période d’apprentissage et ses différents placements que j’en ai le plus appris. En effet, après une courte période comme apprenti dans une fabrique de chaussons, puis chez un boulanger, Emile est placé comme apprenti dans une fromagerie à Fleury-sur-Aire. C’est là qu’il restera jusqu’à ses 20 ans.

Le plus intéressant, et émouvant, dans son dossier, ce n’était pas tant de savoir où il avait été placé que de découvrir ses sentiments par rapport à son travail à travers ses lettres.

En effet, à plusieurs reprises, Emile écrit à l’Inspecteur de l’Assistance publique pour lui demander de le changer de travail car le métier de fromager ne lui convient pas : il ne supporte plus d’être « enfermé tout le temps dans le mauvais air » et il trouve que cela s’en ressent sur sa santé.

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Lettre d’Emile Blanchard à l’Inspecteur des enfants assistés (source : AD55 – Série W)

Dans ses lettres, il menace à plusieurs reprises de s’en aller et il s’évade effectivement pendant 2 jours avec deux autres pupilles. Mais tout cela n’y fera rien, Emile restera apprenti fromager dans la fromagerie de Fleury-sur-Aire.

Néanmoins, ce qui me rassure, c’est qu’il ressort de ces lettres qu’Emile a toujours été bien traité par son employeur et que son mal-être venait principalement du métier en lui-même. Mais il est triste de se rendre compte que les souhaits de mon arrière-grand-père n’ont jamais été pris en compte. Son destin professionnel a été dicté par des besoins strictement commerciaux et il n’a pas eu son mot à dire dans l’affaire.

Il s’est ainsi retrouvé contraint d’exercer toute sa vie un métier qui ne lui plaisait pas puisque c’était le seul auquel il avait été formé. J’espère qu’il aura fini par l’apprécier…

La découverte de ce dossier m’a apporté un éclairage nouveau sur la vie de mon ancêtre et sur son métier. Je ne savais en effet que très peu de choses sur lui, mis à part qu’il était mort lorsque ma grand-mère n’avait que 12 ans et qu’il était fromager.

Et comme c’est souvent le cas lorsque nous ne connaissons que peu d’éléments sur un ancêtre, nous nous rattachons au peu que nous savons sur lui et cette information est considérée comme un élément qui définit notre ancêtre et lui donne une réalité. Je voyais donc mon arrière-grand-père avant tout comme un fromager. En découvrant son dossier, je me suis rendue compte de la réalité qui se cachait derrière ce métier, et qu’être fromager était sûrement pour lui plus un fardeau qu’une vocation.

Et vous, avez-vous déjà pu consulter des dossiers de pupilles de l’assistance ? Vous ont-ils fait découvrir vos ancêtres sous un jour nouveau ?

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