Les inventaires après décès ou Comment entrer dans la maison d’un ancêtre

Nuage de mots : inventaire après décès

Les inventaires après décès sont une ressource inestimable pour découvrir la vie quotidienne d’un ancêtre.

C’est un peu comme rentrer chez notre ancêtre et découvrir l’intérieur de sa maison, figé au lendemain de son décès.

Voici par exemple tout ce que j’ai pu apprendre grâce à l’inventaire après décès de l’un de mes ancêtres normands : Nicolas Veret, ancien berger, décédé à Alvimare en octobre 1764.

Disposition des pièces

Dans les inventaires après décès, le recensement des biens se fait pièce par pièce. Il est donc possible de se faire une représentation de la disposition des lieux, ou au minimum, de savoir de combien de pièces était composé l’appartement de notre ancêtre. L’inventaire après décès de Nicolas Veret m’apprend ainsi que son appartement se composait d’une unique pièce, à usage de cuisine, et d’un grenier où étaient entreposées quelques réserves.

Au moment de son décès, Nicolas Veret vivait vraisemblablement avec sa seconde épouse et leurs deux filles mineures (âgées alors de 5 et 9 ans). Les enfants que Nicolas avait eu de son premier mariage était plus âgés et ne vivaient certainement plus avec leur père. C’est donc à quatre qu’ils vivaient dans cette unique pièce de vie, où se trouvaient la cheminée, le lit et les différents meubles de la famille.

Intérieur d'une maison du 18ème siècle (Musée de Maihaugen, Lillehammer)

Intérieur d’une maison du 18ème siècle (Musée de Maihaugen, Lillehammer)

Mobilier

Nicolas Veret et sa famille n’avaient que très peu de meubles. En tout et pour tout, l’inventaire après décès fait état d’un lit, d’une table et de quatre chaises. Pour le rangement, la famille ne possédait que le strict nécessaire : trois coffres pour y ranger principalement les vêtements et le linge de maison, quelques planches sur lesquelles étaient entreposés des objets et quelques paniers.

La famille était vraisemblablement assez pauvre car elle ne possédait aucun grand meuble tel que buffet, vaisselier ou armoire. Ces meubles, qui se sont démocratisés au cours du XIXème siècle (jusqu’à devenir quasiment indispensables), étaient en effet réservés aux familles les plus aisées à cette époque.

Objets du quotidien

La grande majorité des objets recensés dans l’inventaire sont des objets de la vie courante, sans grande valeur, mais qui nous permettent d’imaginer un peu mieux la vie quotidienne de nos ancêtres :

  • Ustensiles : une grande partie des ustensiles inventoriés sont des ustensiles liés à la cuisson (marmite, gril, poêle à frire, crémaillère pour suspendre les marmites dans la cheminée, etc.).
  • Vaisselle : la famille mangeait essentiellement dans des assiettes en étain, et avec des cuillères du même matériau. Les autres types de couverts devaient être très peu utilisés, car la famille ne possédait que 3 fourchettes en fer (contre 12 cuillères), et l’inventaire ne fait état d’aucun couteau.
  • Outils : Nicolas Veret n’exerçait pas un métier nécessitant beaucoup d’outils (il était berger), mais la famille en possédait toutefois quelques-uns (serpe, marteau, faucille, hache, …). Parmi ces outils, on compte également deux rouets à filer le lin et un peigne à lin. Je ne connais pas la profession de la veuve de Nicolas Veret, mais la présence de ces rouets semble indiquer qu’elle a pu travailler comme fileuse.
  • Literie : la description de la literie montre que le confort du lit devait être assez rudimentaire. La famille dispose d’une vieille couverture en laine, d’une courtepointe (sorte de couverture), de trois draps et de deux traversins (l’un emplumé et l’autre empaillé).
  • Divers : parmi les autres objets mentionnés, certains nous renseignent sur l’hygiène de la famille. L’inventaire mentionne en effet un bassin, qui servait probablement à la famille à se laver, et une tinette, récipient généralement utilisé pour les ordures et les excréments.

Vêtements

L’inventaire mentionne les vêtements du défunt et de sa veuve. Nicolas Veret possédait uniquement deux habits, deux gilets, une culotte, une veste et huit chemises. Tous ces vêtements sont par ailleurs qualifiés de « vieux » ou de « mauvais » dans l’inventaire. Sa femme, quant à elle, possédait trois « corps » (sûrement des corsages), quatre jupes, un tablier, un mouchoir et dix-neuf chemises. Le grand nombre de chemises que chacun possédait s’explique par le fait que les lessives étaient peu fréquentes.

Dans les matières et les couleurs des vêtements, on constate une grande simplicité : la plupart sont en toile ou en frocq (étoffe de laine grossière), et à part deux jupes bleues, les couleurs des vêtements restent très sobres (noir, blanc, gris ou brun).

Mais le plus impressionnant, dans la garde-robe de la veuve, reste le nombre de coiffes qu’elle possédait. Dans les différents coffres, on compte en effet quinze coiffes, auxquelles on peut ajouter sept béguins, deux bonnets et un capot. Cela montre bien l’importance que revêtait la coiffe dans le costume traditionnel cauchois.

Exemple de coiffe portée dans le Pays de Caux

Exemple de coiffe portée dans le Pays de Caux

Papiers

Les inventaires après décès doivent normalement faire état des documents trouvés chez le défunt. Lorsqu’il y en a, il s’agit généralement de copies d’actes notariés (contrat de mariage, successions, …), de contrats de vente ou de titres de propriété.

Chez Nicolas Veret, cette catégorie est vide et ce n’est pas vraiment étonnant. En effet, Nicolas Veret n’a jamais su signer, et il ne savait donc vraisemblablement ni lire ni écrire. Conserver des traces écrites de ventes ou d’autres contrats ne devait donc pas lui sembler utile.

Au moment de la rédaction de l’inventaire après décès, sa veuve mentionne cependant une vente que le défunt venait de conclure : il venait en effet de vendre quatre « bêtes à laine » contre la somme de 40 livres.

Quelques détails supplémentaires

Quand on lit un inventaire après décès, voici quelques éléments supplémentaires auxquels on peut faire attention afin de mieux cerner les conditions de vie de nos ancêtres :

  • Quels sont les matériaux dans lesquels sont faits les objets ? Dans les familles les plus pauvres, comme ici, les matériaux les plus courants sont le fer et l’étain pour les ustensiles, le grès ou la terre pour les plats et les bouteilles, et le bois (généralement sans précision de l’arbre dont il est issu) pour le mobilier. Pour les familles plus aisées, on retrouve une plus grande variété de matériaux : cuivre, porcelaine, faïence, verre, cristal, … et des bois plus particuliers (noyer, acajou, merisier, etc.).
  • Quels qualificatifs sont employés pour décrire les objets ? Quand les objets sont en mauvais état, cela est souvent précisé dans les inventaires (sûrement pour justifier leur faible prisée). Dans l’inventaire après décès de Nicolas Veret, de nombreux objets sont par exemple qualifiés de « vieux » ou de « mauvais », ce qui montre que la famille n’avait pas les moyens de renouveler ces objets.
  • Quelle quantité de chaque objet trouve-t-on ? Les objets que l’on trouve en plus grande quantité sont généralement ceux qui sont d’un usage courant. Par exemple, la famille possède ici 10 assiettes et 12 cuillères, mais seulement trois fourchettes : les repas se prenaient donc généralement à la cuillère. De même, la famille ne dispose que de deux nappes : celles-ci étaient donc certainement réservées aux grandes occasions.
  • Quels objets sont absents de l’inventaire ? L’absence de certains objets peut également nous apprendre des choses. Ainsi, l’absence de couteaux nous amène à penser que l’alimentation de base de la famille était certainement constituée de soupe. De même l’absence de bols ou d’autres récipients pouvant contenir des liquides nous apprend que les assiettes utilisées par couramment étaient des assiettes creuses.
  • Quelles catégories d’objets ne sont pas détaillées ? Dans les familles les plus pauvres, tous les objets mêmes les plus insignifiants sont détaillés. Mais lorsque l’inventaire concerne des familles plus aisées, il arrive que les objets considérés sans valeur ne soient pas détaillés. Par exemple, dans certains inventaires, le linge du défunt n’était pas détaillé car considéré comme sans valeur, et intéressant certainement moins les héritiers que l’argenterie ou le mobilier.

Et vous, avez-vous déjà trouvé des inventaires après décès concernant vos ancêtres ? Qu’y avez-vous appris à leur sujet ?

Elise



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