La généalogie génétique est-elle vraiment de la généalogie ?

Comme nous l’avons vu dans le précédent article, la pratique de la généalogie et les motivations des généalogistes ont beaucoup évolué depuis le Moyen-âge.

Le but premier de la généalogie a en effet longtemps été la recherche de la parenté et de la filiation des personnes, en particulier pour prouver son appartenance à la noblesse de sang.

Récemment, une nouvelle pratique généalogique est arrivée, d’abord aux Etats-Unis, puis en Europe : c’est la généalogie génétique, avec les tests ADN.

C’est une pratique qui soulève de nombreuses inquiétudes, qui pour certaines sont légitimes, notamment sur la protection des données et la fiabilité des résultats (il y a beaucoup à dire sur ces aspects, mais ce n’est pas le sujet de cet article).

Mais elle soulève aussi une interrogation récurrente : de savoir s’il s’agit ou non de généalogie.

Les tests ADN : un outil pour la généalogie

A bien y réfléchir, faire un test ADN permet d’obtenir des éléments de réponse aux mêmes questions que la généalogie classique, qui sont souvent au démarrage : « d’où je viens ? » et « qui sont mes cousins ? ». Ces tests sont donc en lien direct avec l’objectif premier de la généalogie, c’est à dire de déterminer la filiation et les liens du sang.

Ces tests ne sont pas encore assez précis pour obtenir une carte exacte et détaillée des origines de nos ancêtres. Mais c’est une discipline en pleine évolution : au fur et à mesure que des gens font ces tests, les résultats s’affinent. Les résultats de répartition géographique deviennent plus pertinents.

Exemple de résultats de répartition géographique donnés par AncestryDNA

Et plus il y a de monde qui fait les tests, plus il est facile de retrouver des cousins de cette façon, et surtout de répondre à de nombreuses questions généalogiques.

Les tests ADN peuvent permettre par exemple de :

  • confirmer des branches de notre arbre généalogique : en retrouvant des cousins descendant de cette même branche : on confirme d’une part que l’on n’a pas fait d’erreur en remontant notre généalogie, mais aussi que, pour cette branche, on a bien une concordance entre généalogie « officielle » et génétique ;
  • confirmer la parenté entre deux branches de porteurs d’un même nom de famille (avec les tests sur le chromosome Y) quand les actes ne permettent pas de remonter assez loin pour relier les branches ;
  • retrouver l’origine (voire même l’identité) d’un parent ou grand-parent biologique inconnu ;
  • retrouver des cousins éloignés (par exemple, une cousine américaine).

Pour les passionnés de généalogie, c’est aussi une nouvelle façon de mieux connaître nos ancêtres et de nous sentir plus proches d’eux : savoir quelle part d’ADN nous avons hérité de tel ou tel ancêtre, c’est aussi émouvant que de retrouver un objet ayant appartenu à l’un de nos ancêtres.

Mais, dans tous les cas, les tests ADN ne remplacent pas, et ne remplaceront jamais, la généalogie : ils ne peuvent pas prouver des filiations sur plusieurs générations à eux seuls. Il ne s’agit donc que d’un outil, au service des recherches généalogiques classiques.

Doit-on considérer la filiation génétique ?

Par ailleurs, un argument qui revient souvent contre la généalogie génétique, c’est que la seule « vraie » filiation est la filiation officielle, donc celle qui est inscrite sur les documents, et pas la filiation biologique/génétique.

En effet, tous nos ancêtres ne sont pas toujours nos ancêtres génétiques : il y a des enfants nés de père inconnu qui ont été élevés (et parfois reconnus) par un autre père, et il y a toujours une part possible de parenté mal attribuée. Et cela soulève donc la question (qui se posait déjà avant la généalogie génétique) de savoir s’il vaut mieux suivre les liens du coeur ou les liens du sang.

Et à cette question, la réponse est toujours la même. A savoir qu’il n’existe pas qu’une seule « vraie » filiation, il existe plusieurs types de filiations : la filiation officielle, la filiation génétique, la filiation adoptive, la filiation affective, … Et chacun a la liberté de s’intéresser au type de filiation qui lui plait en fonction de sa situation.

Par exemple, l’un des objectifs de mes recherches en généalogie génétique est de retrouver des pistes sur mon arrière-grand-père biologique corse. Mais, je n’en oublie pas pour autant mon arrière-grand-père officiel, celui qui a élevé ma grand-mère : c’est lui qui apparait dans mon arbre généalogique, c’est sa généalogie que j’ai remontée, et c’est l’histoire de ses ancêtres que j’ai racontée.

Par ailleurs, dans la majorité des cas, nos ancêtres officiels sont aussi nos ancêtres génétiques. La généalogie génétique ne s’oppose donc pas à la généalogie officielle.

L’avenir de la généalogie génétique

La généalogie génétique ouvre donc de nouvelles portes et de nouvelles libertés, en permettant de répondre à des questionnements complémentaires à la généalogie classique.

A l’avenir, la généalogie génétique va donc s’intégrer de plus en plus aux pratiques généalogiques (du moins dans les pays qui s’ouvrent à cette opportunité…). Les tests ADN vont devenir de plus en plus fiables et de nouveaux outils vont être créés (avec, peut-être, la prise en compte des correspondances ADN dans les logiciels de généalogie, la possibilité de gérer plusieurs types de filiation dans un même arbre, etc…).

Ces nouvelles pratiques sont autant de nouvelles possibilités qui s’offrent / s’offriront à nous pour mieux connaître nos ancêtres.

Et vous, que pensez-vous de la généalogie génétique ? L’avez-vous intégrée (ou pensez-vous l’intégrer) à votre pratique de la généalogie ? Partagez votre point de vue dans les commentaires.

Elise



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