Cadastre : comment j’ai retrouvé les tuileries de mes ancêtres

Beaucoup de mes ancêtres marnais étaient tuiliers. J’ai donc cherché à en savoir plus sur les tuileries où ils travaillaient. Et en faisant ces recherches, j’ai découvert que plusieurs de mes ancêtres avaient été propriétaires de tuileries, dans la commune de Tauxières-Mutry.

Où se situaient les tuileries de Tauxières ?

Les tuileries de Tauxières-Mutry se situaient au lieu-dit Mocquebeau, sur les hauteurs du village, en bordure de la forêt. D’après divers documents que j’ai trouvés sur Gallica, elles existaient au moins depuis le 17ème siècle. On peut les voir par exemple sur la carte de Cassini.

Extrait de la carte de Cassini des environs de Tauxières (source : Gallica/BNF)

Extrait de la carte de Cassini des environs de Tauxières (source : Gallica/BNF)

Au 19ème siècle, les tuileries produisaient environ 4 millions de briques et de tuiles par an, et employaient 50 personnes de Tauxières (sur environ 250 habitants). Elles sont restées en activité jusqu’à la fin du 19ème siècle ou tout début du 20ème siècle pour certaines.

J’ai utilisé le plan cadastral afin de les situer plus précisément. Les tuileries se situaient en fait sur le territoire de la commune de Mutry, limitrophe à Tauxières. Ces deux communes ont été réunies en 1886. On peut donc retrouver les tuileries sur le plan de la section C du cadastre de Tauxières-Mutry (qui était auparavant la section A de Mutry).

Extrait du plan cadastral de Tauxières-Mutry (source : AD51)

Extrait du plan cadastral de Tauxières-Mutry (source : Archives de la Marne)

D’après le plan cadastral, la zone principale des tuileries était divisée en 8 parcelles. On peut voir que certaines de ces parcelles étaient bâties et d’autres non. Ces dernières servaient probablement juste à l’exploitation.

En comparant par rapport aux vues actuelles, on peut voir que l’emplacement des tuileries se situe aujourd’hui en pleine forêt.

Superposition des parcelles de tuilerie avec une vue aérienne actuelle (source : Géoportail/IGN)

Superposition des parcelles de tuilerie avec une vue aérienne actuelle (source : Géoportail/IGN)

De quelles parcelles mes ancêtres ont-ils été propriétaires ?

Pour en savoir plus sur les tuileries de mes ancêtres, j’ai commencé par consulter les états de section de la commune de Mutry. Cela m’a permis de savoir qui possédait les différentes parcelles au moment de la création du cadastre dans la commune, en 1828.

Ainsi, 5 propriétaires distincts possédaient des tuileries à cette époque.

Les propriétaires des différentes parcelles en 1828 (époque de la création du cadastre à Tauxières)

Les propriétaires des différentes parcelles en 1828 (époque de la création du cadastre à Tauxières)

Parmi ces propriétaires se trouvaient deux de mes ancêtres directs :

  • Charles Dumatras, né en 1763, qui possédait les parcelles A17 et A18 (en bleu) ;
  • Simon Métrude, né en 1793 (gendre du précédent par son mariage avec Marie Joséphine Dumatras en 1820), qui possédait la parcelle A19 (en violet).

J’ai ensuite voulu savoir jusqu’à quand ils avaient conservé ces tuileries. En particulier pour savoir si elles étaient restées dans la famille.

Quelle a été l’histoire de ces parcelles ?

J’ai donc poursuivi les recherches dans les matrices cadastrales afin de retracer l’histoire de ces parcelles et retrouver leurs propriétaires successifs au cours du 19ème siècle.

Je ne me suis pas uniquement intéressée aux parcelles possédées par mes ancêtres, mais à toutes les parcelles de tuileries de la commune. Cela m’a permis de retracer leur évolution : les changements de propriétaires des parcelles, mais aussi les démolitions et les nouvelles constructions de bâtiments de tuileries.

Chronologie des tuileries de Tauxières-Mutry de 1828 à 1900 (cliquez pour agrandir)

Chronologie des tuileries de Tauxières-Mutry de 1828 à 1900 (cliquez pour agrandir)

Ainsi, mon ancêtre Charles Dumatras a conservé ses parcelles jusqu’à son décès en 1841. Après cette date, l’un de ses fils a récupéré ses parcelles, avant de les transmettre à son tour à l’un de ses fils à son décès.

De son côté, Simon Métrude s’est séparé de ses parcelles de tuileries vers 1835. Le propriétaire suivant n’ayant pas de lien de parenté, il les a probablement vendues.

En faisant ces recherches, j’ai par ailleurs constaté que d’autres ancêtres directs avaient également possédé des tuileries. Il s’agit de Stanislas Gélot et sa femme Valentine Girardin, qui ont possédé les parcelles A22 et A23 pendant près d’une vingtaine d’années (de 1869 à 1886 environ).

Par ailleurs, le beau-père de Stanislas, Napoléon Quinet avait également acquis une parcelle de tuilerie vers 1870.

Ainsi, au début des années 1870, les propriétaires des tuileries étaient les suivants.

Les propriétaires des différentes parcelles vers 1870

Les propriétaires des différentes parcelles vers 1870

Dans quelles circonstances mes ancêtres ont-ils acquis ces tuileries ?

Il est particulièrement intéressant de mettre en parallèle ces possessions de tuileries avec les vies de mes ancêtres.

Ainsi, Stanislas Gélot et Valentine Girardin avaient tous deux été ouvriers tuiliers depuis leur jeunesse. Et ils ont acquis cette tuilerie peu de temps avant la naissance de leur 6ème et dernier enfant.

Ils avaient eu avant cela 5 garçons, qui ont tous travaillé comme tuiliers dans les années 1880. Ils ont donc probablement travaillé dans la tuilerie de leurs parents dès qu’ils en ont eu l’âge.

Extrait des recensements de Tauxières en 1881 (source : Archives de la Marne)

Extrait des recensements de Tauxières en 1881 (source : Archives de la Marne)

Mais, petit à petit, tous ont changé de métier.

Lorsque mes ancêtres ont revendu leur tuilerie vers 1886, leurs fils aînés avaient en effet quitté Tauxières pour travailler dans d’autres secteurs (chemins de fer, transport routier, etc.). Tandis que les plus jeunes, qui étaient toujours à Tauxières, travaillaient désormais dans les vignes. Le secteur du Champagne devait en effet être bien plus prometteur que les tuileries.

Rien qu’avec ces recherches dans les différents documents du cadastre, je peux déjà bien mieux connaître la vie de mes ancêtres. Je sais maintenant à quelles périodes mes ancêtres ont possédé des tuileries, ainsi que les propriétaires précédents et suivants. J’aimerais maintenant poursuivre les recherches pour savoir plus précisément dans quelles circonstances ils ont acquis ces tuileries.

Pour cela, mon prochain objectif sera de retrouver les actes notariés par lesquels mes ancêtres les ont vendues ou acquises : pour connaître les dates et conditions exactes de ces transactions, et également pour remonter l’histoire de ces tuileries avant la création du cadastre.

Elise



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