Histoire familiale : comment parler des Invisibles

A_travers_champs,_1887,Brooklyn_Muséum_of_ArtLorsque l’on commence à écrire l’histoire de sa famille, on se rend vite compte qu’il existe deux catégories d’ancêtres : ceux qui ont fait l’objet de nombreuses recherches et sur lesquels on a plein de choses à dire, et puis les autres, les Invisibles.

Je reprends volontairement le terme d’Invisibles découvert au hasard de mes lectures sur Internet (1) et qui m’a paru particulièrement adapté. Les Invisibles, à notre époque comme du temps de nos ancêtres, ce sont ces individus qui n’ont pas eu de destin particulier. Ils n’ont laissé leur nom que sur quelques actes d’état civil, ils sont restés dans l’ombre et n’ont jamais fait parler d’eux, et ont, somme toute, vécu une vie tout à fait ordinaire. Parmi nos ancêtres, ce sont souvent ceux qui n’ont jamais quitté leur terre natale, ont vécu du travail de la terre, se sont mariés, ont eu quelques enfants puis se sont éteints chez eux, dûment confessés.

Des Invisibles, nous en avons tous parmi nos ancêtres et ils représentent même généralement la grande majorité d’entre eux. Sur ces Invisibles, nous ne savons rien, et pourtant, ils sont tout aussi importants que nos autres ancêtres, puisque sans eux nous ne serions pas là.

Lorsque l’on écrit l’histoire de sa famille, parler des Invisibles peut être un véritable casse-tête. On pourrait en effet faire le choix de ne pas parler d’eux et de n’évoquer que nos ancêtres aux destins plus marquants. Cependant, si on a choisi d’écrire un chapitre pour chaque branche de son arbre, on se retrouve avec des chapitres très remplis pour les branches qui ont eu des destins particuliers, et des chapitres beaucoup moins longs (voire vides) pour les branches composées de journaliers sédentaires.

En commençant à écrire l’histoire de ma famille, j’ai effectivement rencontré cette situation. Je me suis d’abord lancée dans le récit de la vie d’ancêtres sur lesquels j’avais fait de nombreuses recherches, ceux qui étaient sortis du lot par des destinées particulières (les filles-mères, les enfants assistés, ceux qui ont voyagé, ceux qui ont été militaires ou ont vécu des guerres, etc.). Je suis, bien sûr, loin d’avoir fini d’écrire l’histoire de mes ancêtres, mais il est clair que certaines branches vont me donner plus de fil à retordre que d’autres. Il s’agit principalement de mes branches meusiennes, marnaises et auvergnates où les hommes étaient majoritairement manœuvres ou laboureurs.

Raconter la vie de ces ancêtres Invisibles semble compliqué, pourtant je suis persuadée que cela est nécessaire car ils méritent tout autant que les autres de figurer dans l’histoire familiale. J’ai donc choisi dans mon arbre trois ancêtres sur lesquels je ne sais quasiment rien, trois Invisibles rendus visibles seulement par leur nom et quelques dates. Mon but est de raconter leur vie, à partir du peu que je sais d’eux et de leur contexte de vie, et de l’intégrer dans mon histoire familiale.

Voici donc ces trois ancêtres, et ce que je sais d’eux jusqu’ici :

  • Louis Victor MEA, domestique et manouvrier, né en 1840 et décédé en 1898 à Tauxières-Mutry (Marne). Il s’est marié en 1861, toujours à Tauxières-Mutry, avec Marie Adolphine GUISET (1843-1895) et ils ont eu ensemble au moins 5 enfants.
  • Jean CANTAT, laboureur et journalier, né en 1811 à Chapeau (Allier) et décédé en 1860 à Thiel-sur-Acolin (Allier). Il s’est marié en 1832 à Chapeau, avec Marie MALLERET (1813-1865) et ils ont eu ensemble au moins 5 enfants.
  • Benoît MARTIN, né en 1805 à Aulnois-sous-Vertuzey (Meuse) et décédé en 1874 à Gironville-sous-les-Côtes (Meuse). Il s’est marié une première fois en 1834 avec Anne ERARD (1802-1851), puis une seconde fois en 1852 avec Françoise COMMION (1828-1892), avec laquelle il a eu 2 enfants.

Dans les prochaines semaines, je publierai sur ce blog au moins un article racontant la vie de l’un de ces ancêtres.

A vrai dire, en écrivant ces lignes, je ne sais pas encore ce qu’il me sera possible d’écrire à leur sujet, ni si j’arriverai à écrire l’histoire de chacun d’entre eux. Raconter simplement leur vie sera certainement difficile puisque j’ai très peu d’éléments les concernant. Pour écrire leur histoire, il me faudra certainement m’appuyer sur des éléments de leur environnement de vie : leur famille, leurs relations (parrains, marraines et témoins), leur village, l’histoire locale, etc.

Si vous aussi vous avez envie de rendre hommage aux Invisibles de votre arbre, vous pouvez vous joindre à moi en choisissant un ancêtre Invisible de votre arbre et en racontant sa vie sur votre blog. Cela pourra être une expérience très enrichissante pour nous, de voir comment chacun raconte la vie de ses ancêtres et d’échanger sur nos expériences.

Qu’en pensez-vous ? Avez-vous envie de tenter l’aventure ?

Elise

(1) voir ici et ici, et surtout le site Raconter la vie, qui donne la parole aux Invisibles contemporains.

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