Retour sur la conférence « Ecrire la biographie d’un ancêtre soldat »

aepf_1418_2Le 28 mars dernier, j’ai eu le plaisir d’assister à une conférence organisée par l’AEPF et intitulée « Ecrire la biographie d’un ancêtre soldat ». Je ne vais pas faire ici un compte-rendu de cette conférence, car Hélène Soula, qui y était également, en a déjà fait un très bon résumé sur son blog.

Ayant déjà fait beaucoup de recherches sur le parcours de mes ancêtres pendant la Première Guerre Mondiale, ce qui m’intéressait particulièrement dans cette conférence, était plutôt la composante biographie et plus particulièrement la question suivante : comment lier tous les éléments trouvés pour en faire un récit ? Et surtout, comment raconter la vie d’un ancêtre quand il y a des « trous » dans son parcours ?

De la conférence, et en particulier de l’intervention de Sylvie Monteillet, écrivain public biographe, j’ai particulièrement retenu les points suivants :

  • Il faut mettre en parallèle la correspondance de guerre (qui a pu être censurée et édulcorée) avec les Journaux de Marches et Opérations qui rendent compte du véritable déroulement des évènements ;
  • Pour lier les différents éléments retrouvés, il est important de resituer le contexte, de parler de la région d’origine du soldat, de sa famille, etc… ;
  • Pour le lecteur, les recherches doivent être invisibles.

Ce dernier point me semble très important, mais également difficile à atteindre. En effet, en tant que généalogistes et blogueurs, nous avons l’habitude de nous adresser à un public généalogiste, et donc de beaucoup décrire le déroulement de nos recherches dans nos articles. Mais encore faut-il savoir ce que l’on entend exactement par « recherches invisibles » :

  • s’agit-il de raconter la vie de notre ancêtre sans mentionner les méthodes utilisées pour retrouver les informations à son sujet ?
  • ou bien faut-il également éviter de mentionner les documents d’où sont issues les informations ?

On peut comprendre que le déroulement de nos recherches (comment nous avons fait pour trouver telle ou telle information, etc.) n’intéresse pas forcément un lecteur qui s’attend plus à lire une histoire qu’une narration de recherches documentaires.

Toutefois, je pense qu’il est pertinent de mentionner les documents d’où sont issues les informations utilisées pour le récit. En effet, citer les documents et les sources des informations retrouvées permet de donner un côté factuel à notre récit, et permet au lecteur d’évaluer la fiabilité des informations présentées. Cela s’avère par ailleurs indispensable si l’on veut mettre en parallèle les lettres de notre ancêtre avec les rapports officiels des évènements.

Cependant, il y a parfois des « trous » de plusieurs années dans le parcours d’un ancêtre. Dans ce cas là, nous ne pouvons pas nous contenter d’écrire que nous ne savons rien de son parcours. Et nous pouvons être tenté d’expliquer nos recherches pour justifier ce « trou » (« sa fiche matricule ne mentionne pas cela », « le JMO n’est pas disponible », etc.).

Je me suis heurtée à cette difficulté en voulant écrire l’histoire d’un de mes arrières-grands-pères, soldat pendant la Première Guerre Mondiale. En effet, je ne dispose que de peu d’informations à son sujet :

  • Sa fiche de matricule militaire m’apprend qu’il a été affecté à la 6ème Section d’Infirmiers Militaires lors de son service militaire en 1900, et que c’est dans cette Section qu’il a été rappelé à l’activité le 4 août 1914 ;
  • Toujours grâce à sa fiche de matricule militaire, je sais qu’il a été fait prisonnier de guerre le 28 mai 1918 et rapatrié le 9 décembre suivant ;
  • Enfin, grâce aux archives de la Croix-Rouge, j’ai appris qu’il était dans l’Aisne au moment où il a été fait prisonnier et qu’il a été emmené au camp de Langensalza, en Thuringe.

Le problème, c’est qu’entre sa date d’arrivée au dépôt de la 6ème Section d’Infirmiers Militaires en 1914 et sa date de capture par les Allemands en 1918, je ne sais rien de son parcours. Et ce trou va être d’autant plus difficile à combler que je ne dispose d’aucune correspondance de sa part, et qu’il n’existe pas de JMO pour les Sections d’Infirmiers Militaires, qui étaient tous affectés dans différents hôpitaux ou ambulances.

Pour cet ancêtre, je me retrouve donc avec beaucoup d’informations sur des moments précis et de grands blancs sur des périodes importantes. Dans ces conditions, comment raconter la vie de cet ancêtre sachant qu’on ne sait rien de son parcours personnel pendant près de 4 années ?

Le fait de parler du contexte devient de ce fait indispensable pour combler les moments de blancs par des informations plus générales, qui ont concerné le groupe auquel appartenait l’individu. Il ne s’agit donc pas d’évoquer tous les évènements de la guerre qui ont lieu pendant cette période, mais seulement ceux qui ont pu avoir un impact direct sur son quotidien en tant que soldat (ou infirmier dans le cas de mon ancêtre). On peut ainsi donner un aperçu de ce qu’a pu être sa vie pendant cette période, même si l’on ne sait pas précisément ce qu’il a vécu. Mais il faut bien sûr que cela reste clair pour le lecteur.

Dans le cas de mon ancêtre, je pourrais donc évoquer :

  • le rôle des infirmiers militaires pendant la Première Guerre Mondiale, ainsi que le fonctionnement des hôpitaux temporaires et des ambulances ;
  • les évènements de la guerre qui ont pu avoir un impact direct sur son quotidien en tant qu’infirmier ;
  • ce qu’il avait laissé derrière lui : son village natal où il avait dû être remplacé dans ses fonctions de secrétaire de mairie, et son métier de clerc de notaire ;
  • le parcours des différents membres de sa famille et les conditions de vie de sa femme et de ses enfants ;
  • les conditions de vie dans le camp de Langensalza et les faits qui s’y sont déroulés pendant son séjour (notamment l’assassinat de 9 soldats français, fusillés dans ce camp quelques jours avant le rapatriement des prisonniers vers la France alors que l’Armistice avait déjà été signée).

Raconter le parcours de cet ancêtre va donc me demander un certain nombre de recherches complémentaires, afin de palier au manque d’informations le concernant directement.

Finalement, on se retrouve ainsi dans le même cas que pour raconter l’histoire de nos ancêtres invisibles : lorsque nous n’avons pas retrouvé assez d’informations personnelles pour savoir ce qu’a été sa vie, nous pouvons nous aider des informations plus générales pour resituer le contexte de vie de notre ancêtre.

L’avantage, c’est que dans le cas de la Première Guerre Mondiale, de nombreuses ressources existent entre les journaux d’époque, les témoignages de soldats, les rapports officiels, les documents iconographiques, etc.

Ainsi, quelle que soit la quantité d’informations que nous possédons sur notre ancêtre, il est toujours possible de combler les lacunes tout en donnant une idée de ce qu’à pu être sa vie à cette période. Cela nous évitera de laisser des blancs visibles dans son parcours et d’avoir à les justifier en évoquant les recherches effectuées.

Elise


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