Vie d’une Invisible : Sophie MARTIN – 2ème partie

Si vous n’avez pas lu la première partie, vous la retrouverez ici.

En 1878, Sophie Martin travaille à Commercy, à quelques kilomètres de son village natal. C’est donc certainement là qu’elle rencontre son futur mari.

Eugène Emile Grandsire est tanneur et vit à Vignot (un village situé entre Commercy et Gironville). Il a alors 29 ans, soit 5 ans de plus que Sophie et est originaire de Rouen. Il s’est installé dans la région de Commercy suite à son service militaire.

En effet, à la fin de l’occupation prussienne, en 1873, son régiment est venu s’installer en garnison à Commercy. C’est là qu’il a rencontré sa première épouse, Delphine Philippe, qu’il a épousé dès la fin de son service. Mais celle-ci est décédée en 1876 après avoir donné naissance à une fille, elle aussi décédée. Eugène s’est donc retrouvé veuf à l’âge de 27 ans.

En décembre 1878, Sophie et Eugène font publier leurs bans de mariage à Vignot et à Gironville.

Leur mariage est célébré le 31 décembre 1878 à 10 heures du matin, dans la mairie de Gironville. Seule la mère de Sophie est présente, leurs autres parents étant décédés. Parmi les témoins se trouvent également le beau-père de Sophie, et son beau-frère (le mari de sa sœur).

La cérémonie civile est certainement suivie par une cérémonie religieuse dans l’église de Gironville. Peut-être les invités sont-ils ensuite conviés dans la maison de la famille Martin qui se trouve juste derrière.

L’église de Gironville

Suite à leur mariage, Sophie s’installe à Vignot avec son mari. Leur premier enfant, une fille, nait un peu moins d’un an plus tard. Cette petite fille est baptisée Elina, sûrement en hommage à la première épouse d’Eugène (qui se prénommait Delphine mais figurait sous le prénom Elina dans les recensements).

Sophie donne ensuite naissance successivement, en 1881 et 1882, à deux enfants qui décèdent tous les deux au bout de quelques jours.

Les premières années de mariage de Sophie et Eugène se déroulent donc à Vignot. Sophie réalise divers travaux en tant que journalière, pendant qu’Eugène part travailler dans les tanneries.

Il n’y a effectivement pas de tanneries à Vignot même. Il travaille donc probablement dans les tanneries de Commercy. Celles-ci sont situées sur un bras de la Meuse assez proche de Vignot, ce qui le rend accessibles en une trentaine de minutes à pied.

Les tanneries de Commercy

En plus de son travail de journalière, Sophie a certainement beaucoup à faire pour sa famille. Et c’est certainement elle qui doit gérer les tâches administratives que le couple peut rencontrer. En effet, Eugène ne sait alors ni lire ni écrire, ni même signer (lors de son mariage il avait apposé une simple marque en bas de l’acte).

Sophie a peut-être même enseigné à son mari quelques rudiments d’écriture, puisque quelques années après leur mariage, celui-ci commence à signer. Mais son écriture reste néanmoins extrêmement maladroite.

En 1884 et 1886, Sophie donne naissance à deux petits garçons, Victor et Eugène, qui survivent et grandissent aux côtés de leur grande sœur.

Pendant cette période, Eugène et Sophie sont locataires dans la rue du Ruisseau (devenue rue de la République), l’une des rues principales de Vignot.

La rue de la République à Vignot (ancienne rue du Ruisseau)

L’après-midi du dimanche 27 février 1887, deux adjudications se tiennent dans le café de Vignot. Sophie et Eugène y sont présents, avec 300 francs en poche. Lors de la première adjudication, ils font l’acquisition de deux petits terrains, pour la somme de 68 francs.

Lors de la seconde adjudication, ils font l’acquisition d’une petite maison pour la somme de 900 francs. N’ayant pas cette somme sur eux, ils payent comptant avec le reste des 300 francs qu’ils ont apporté et s’engagent à payer le reste au plus tôt.

Achat de la maison par adjudication (source : AD55 – cote 60 E 75)

La maison qu’ils acquièrent ce jour là est située dans la rue du Ruisseau, où ils vivent déjà. Elle se compose d’une chambre, d’une cuisine et d’un grenier. C’est donc cette maison qui verra naître leurs prochains enfants : en premier lieu, mon arrière-grand-mère Eugénie qui nait en mai 1891.

Emplacement de la maison de la famille Grandsire à Vignot

En mars 1892, la famille de Sophie est durement éprouvée : en l’espace de quelques semaines, celle-ci perd sa mère, son beau-père et son oncle maternel.

Sophie et sa sœur doivent donc gérer les formalités suite au décès de leur mère et de leur beau-père : en particulier la vente de la maison familiale de Gironville, qui se retrouve inoccupée. La succession de leur mère n’est complètement réglée que deux ans et demi plus tard.

Sophie et sa sœur conservent toutefois quelques terrains à Gironville bien qu’elles n’y habitent plus.

Suite à ces achats et successions, Sophie et Eugène se retrouvent donc propriétaires de plusieurs petites parcelles de terres et de vignes à Vignot et Gironville.

Les enfants d’Eugène et Sophie grandissent à Vignot, où ils fréquentent l’école communale. L’aînée, Elina, commence certainement à aider sa mère dans les tâches quotidiennes, en particulier lorsque celle-ci est enceinte.

En effet, en fin d’année 1892, Sophie donne naissance à un enfant qui se présente sans vie. Puis, deux ans plus tard, en novembre 1894, un petit dernier, Henri, vient agrandir la fratrie.

Mais à peine plus d’un an après la naissance d’Henri, l’équilibre familial s’écroule. Sophie, qui avait alors seulement 41 ans, décède le 22 janvier 1896 à 5 heures du soir.

Elle laisse son mari et 5 enfants, dont le plus jeune n’a même pas 18 mois. Elina, qui vient d’avoir 16 ans, joue donc certainement une part active dans l’éducation de ses plus jeunes frères et sœurs.

Fin

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