Confirmer une découverte généalogique sur le terrain

En généalogie, mon plus grand plaisir est de faire une découverte sur mes ancêtres dans les archives, puis de la confirmer en me rendant sur place, là où ils vivaient.

J’aime me rendre dans un village, que je ne connaissais que via mes recherches, pour constater que la réalité correspond exactement à ce que les archives avaient prédit.

Par exemple, en utilisant Gallica, j’avais découvert dans une revue savante qu’il y avait une plaque à la mémoire d’un de mes ancêtres (Pierre Brunet) sur le mur de l’église de son village de Tauxières (Marne).

Au cours d’une excursion généalogique, je m’étais donc rendue sur place, et j’avais retrouvé la plaque à côté de la porte de l’église, exactement là où la revue savante l’avait annoncé :

Plaque dans le mur de l’église de Tauxières

Plaque dans le mur de l’église de Tauxières

Lors d’une autre recherche sur Gallica, j’avais découvert une belle tradition que devaient respecter tous les futurs mariés du village de Bisseuil, où vivaient certains de mes ancêtres.

En effet, d’après le « Bulletin du Comité du Folklore champenois », un jeune homme de Bisseuil ne pouvait se marier qu’après avoir planté 25 arbres fruitiers dans les vergers de la commune.

Une fois ces 25 arbres plantés, le jeune homme devait alors conduire sa promise au cœur de son verger pour lui montrer le fruit de son travail, et lui signifier son intention de l’épouser.

La découverte de cette tradition m’a intéressée à plus d’un titre : par son aspect poétique déjà, mais aussi par ses aspects concrets.

En effet, si tous les hommes du village avaient planté 25 arbres fruitiers pendant quelques décennies (voire plusieurs siècles), on devait en retrouver la trace dans le paysage. Pour juste 100 mariés, cela aurait fait déjà 2500 arbres, ce qui n’est pas rien.

Si le bulletin local trouvé sur Gallica disait vrai, il devait certainement rester encore aujourd’hui des traces de tous ces arbres fruitiers.

Avant de me rendre sur place, j’ai donc décidé de repérer les lieux grâce au cadastre de l’époque.

D’après l’article du Comité du folklore champenois, il n’existait sur le territoire de Bisseuil que deux zones propres à la culture des vergers, toutes deux situées dans les boucles de la Marne : le Plitre et Bussin.

Carte d'état-major de la commune de Bisseuil

Le Plitre et Bussin sur la carte d’état-major de Bisseuil

Les jeunes hommes du village devaient donc avoir planté leurs arbres dans une de ces deux zones.

Et effectivement, en consultant le cadastre napoléonien, j’ai pu constater que la zone du Plitre contenait beaucoup de petites parcelles.

Plan du cadastre napoléonien de Bisseuil

Le Plitre sur le cadastre napoléonien de Bisseuil (source : AD51 – cote 3 P 766/15)

Sachant que la plupart avaient une superficie inférieure à 50 m², les arbres fruitiers devaient être plantés de façon très serrée : 1 arbre tous les 2 m².

De plus, le cadastre actuel montrait que la plupart des parcelles existaient encore aujourd’hui, et en superposant le cadastre sur les vues aériennes actuelles, on pouvait voir qu’elles étaient encore remplies d’arbres :

Vue aérienne et parcelles cadastrales de Bisseuil (source : Géoportail, IGN)

Vue aérienne et parcelles cadastrales de Bisseuil (source : Géoportail, IGN)

La tradition avait donc certainement existé, et il devait être possible d’en retrouver des traces sur place.

A l’occasion d’un déplacement, je me suis rendue dans le petit village de Bisseuil. J’ai emprunté un chemin au milieu des anciennes parcelles de vergers et voici ce que j’ai vu :

Photographie des anciens vergers de Bisseuil (Marne)

Photographie des anciens vergers de Bisseuil (Marne)

Comme le montre la photo, la végétation est aujourd’hui très dense, et les parcelles sont difficilement accessibles. De plus, la majorité des arbres qui couvrent ces parcelles ne sont même pas des arbres fruitiers.

Il semble donc que les petites parcelles de vergers n’ont pas été entretenues et, avec le temps, la nature a repris ses droits.

Parfois, en généalogie, il n’est pas possible de valider nos recherches en nous rendant sur place, car entretemps, trop de choses ont changé : les parcelles, les maisons, les chemins et les routes, les cultures, le paysage, etc.

D’un côté, quand cela arrive, c’est toujours une déception.

Mais de l’autre, cela nous rappelle aussi toute l’importance de nos recherches généalogiques dans les archives, car elles permettent justement de révéler un passé qui aurait été sinon oublié.

Elise

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