Parcours d’un bagnard de Cayenne
Dans cet article, nous allons voir ce qu’il est possible de retrouver sur un ancêtre bagnard, en utilisant les archives des bagnes.
Pour cela, je vais vous présenter le parcours du frère de l’une de mes ancêtres, qui a été condamné au bagne de Cayenne au cours de son service militaire.
Pour apprendre à retrouver les listes et les registres de bagnards, vous pouvez également consulter l’article : Comment retrouver un ancien bagnard
Sommaire
Enfance et parcours militaire
Joseph Commion est né, le 14 mars 1820, à Gironville-sous-les-Côtes, dans la Meuse. C’est dans ce village qu’il grandit avec ses parents et ses 3 sœurs cadettes.
A ses vingt ans, il est recensé par l’armée et, à la fin de l’année 1841, il part faire son service militaire.
Il réalise une partie de son service militaire en Algérie en tant que soldat infirmier. Comme à cette époque, le service militaire dure 7 ans, il doit rester sous les drapeaux au moins jusqu’en 1848.
Néanmoins, la fin de son service actif, il choisit probablement de se rengager. En effet, en 1854, à l’âge de 34 ans, il est chasseur dans le 19e Régiment d’Infanterie légère, qui est en garnison à Saint-Brieuc (Côtes-d’Armor).
C’est au cours de la même année que sa vie bascule.
Condamnation au bagne de Brest
Le 21 juin 1854, il comparaît devant le 2e Conseil de guerre permanent de la 16e division militaire, basé à Brest. En effet, il est accusé de complicité dans un vol commis dans la nuit du 24 au 25 avril 1854 par un caporal de son régiment.
Ce jour-là, le Conseil de guerre le condamne à 5 ans de travaux forcés pour « complicité de vol par recel en vendant l’objet volé ». Le caporal est condamné à la même peine pour « vol avec effraction, la nuit, dans une maison habitée ».
De plus, il est prévu qu’ils soient tous les deux déchus de leur grade.
Suite à cette condamnation, Joseph Commion est transféré au bagne de Brest, le 17 juillet 1854, et dégradé le jour même. Il est alors inscrit sur le registre matricule du bagne sous le numéro 5734 :
Son registre matricule de bagnard nous apprend que :
- Il mesure 1 m 63.
- Ses cheveux, sa barbe et ses sourcils sont blonds.
- Ses yeux sont de couleur gris-bleu.
- Il a deux tatouages : un « arabe et 1847 » sur le bras droit, et « une femme et un homme JD et 1852 » sur le bras gauche.
- Sa libération est prévue pour le 22 juin 1859.
Toutefois, Joseph Commion ne reste au bagne de Brest que 5 mois.
Condamnation au bagne de Cayenne
A cette époque, les bagnes français subissent d’importantes transformations. En 1852, il a été notamment décidé que les bagnes portuaires (dont celui de Brest) seraient fermés au profit du bagne colonial de Guyane.
De nombreux détenus des bagnes portuaires de métropole commencent donc à être transportés en Guyane.
Dans ce cadre, le 21 décembre 1854, Joseph Commion embarque sur le navire « le Gardien », à destination du bagne de Cayenne.
Sept jours plus tard, le 28 décembre, le navire part de Brest avec à son bord 309 condamnés. Toutefois, plusieurs cas de variole se déclarent sur le bateau en cours de route, et un condamné en décède.
A son arrivée aux îles du Salut, le 13 février 1855, le navire doit donc rester quelques jours en quarantaine.
Joseph Commion est alors inscrit sur les registres matricules du bagne de Guyane (désormais conservés par les Archives nationales d’Outre-Mer).
Ce registre donne les mêmes informations que le registre matricule du bagne de Brest, et nous confirme qu’il est arrivé en Guyane le 13 février 1855.
De plus, il nous apprend qu’il n’avait jamais eu d’autre condamnation, et qu’il n’a reçu aucune punition pendant son séjour au bagne.
Joseph Commion aurait normalement dû effectuer 5 années de travaux forcés, puis rester 5 années supplémentaires en Guyane, dans le cadre du doublage de la peine.
En effet, après leur libération, tous les condamnés à moins de 8 ans de travaux forcés devaient encore rester en Guyane pendant un temps égal à celui de leur condamnation.
Quant aux bagnards condamnés à plus de 8 ans, ils devaient rester dans la colonie pour le reste de leur vie.
Sachant que Joseph Commion avait été condamné à 5 ans de travaux forcés en 1854, il aurait dû rester au bagne jusqu’en juin 1859, puis rester en Guyane jusqu’en juin 1864.
Mais pour lui, les choses ont finalement pris une meilleure tournure.
Remise de peine et retour en France
En effet, un peu plus de 2 ans après son arrivée, en mai 1857, l’administration le propose pour une grâce entière. Trois mois plus tard, le 4 août 1857, celle-ci lui est accordée par le ministre de la Guerre.
Grâce à cette remise de peine, Joseph Commion peut donc revenir en France métropolitaine plus tôt que prévu, et c’est probablement à la fin de l’année 1857 qu’il embarque sur le navire de retour.
Par la suite, il peut reprendre une vie normale dans son village natal.
En avril 1860, à l’âge de 40 ans, il se marie avec Marie Reine Erard, qui a elle aussi une quarantaine d’années, et plusieurs enfants nés hors mariage.
Joseph Commion travaille alors comme manœuvre puis, vers la fin de sa vie, comme vigneron. En 1892, il décède à l’hôpital de Commercy, quelques jours avant ses 72 ans.
Elise
Et vous, avez-vous des ancêtres qui ont été condamnés au bagne ? Avez-vous déjà fait des recherches pour retracer leur parcours ?


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