Le lavoir au temps de nos ancêtres

Dans cet article, nous allons voir comment nos ancêtres lavaient leur linge au lavoir.

Comment lavait-on le linge au lavoir

Le lavage traditionnel : les buées

Autrefois, on lavait le linge une à deux fois par an, lors de grandes lessives qu’on appelait « les buées ».

On disait alors qu’on « faisait la buée », ou encore qu’on « faisait la bue », et c’est cette expression qui a donné le mot « buanderie ».

Remarque : en occitan, la lessive se disait aussi « bugada », et en Charente, on parlait de « bughée ».

Le lavage du linge se déroulait alors en 3 étapes :

  • Tout d’abord, on plaçait le linge dans de grands baquets en bois remplis d’eau froide, afin de le faire tremper.
  • Ensuite, on lavait le linge en versant dessus de l’eau bouillante, et en utilisant des cendres en guise de savon.
  • Enfin, on portait le linge au lavoir afin de le rincer.

Le lavage des vêtements se déroulait donc dans les habitations, car c’était de loin le plus pratique pour faire bouillir de l’eau.

Le lavoir servait donc surtout pour l’étape de rinçage qui nécessitait de grandes quantités d’eau claire.

De la buée annuelle à la lessive hebdomadaire

Au cours du 19e siècle, les savons industriels ont remplacé progressivement les cendres pour le lavage du linge.

Grâce à ces savons plus efficaces, il n’a plus été nécessaire de faire bouillir systématiquement de l’eau à la maison pour faire sa lessive.

En parallèle, les lessives sont devenues plus fréquentes : les grandes buées annuelles sont devenues progressivement mensuelles, puis hebdomadaires au 20e siècle.

Le lavage des vêtements, qui était un évènement familial et collectif, est devenu peu à peu une tâche ménagère de la vie quotidienne.

Les lavoirs n’étaient pas toujours des constructions

Lavoir traditionnel

De nos jours, quand on pense aux anciens lavoirs, une image nous vient tout de suite en tête.

On imagine, dans un village, un bassin alimenté par une fontaine, avec généralement des allées de chaque côté, le tout recouvert d’un toit.

Un ancien lavoir aux abords d'un village

Un ancien lavoir aux abords d’un village

Mais la réalité, c’est que beaucoup de lavoirs n’étaient pas des constructions.

Lavoir au bord d’un cours d’eau ou d’une mare

Bien souvent, ils n’étaient que de simples espaces en bordure des cours d’eau, comme on peut le voir sur de nombreuses photographies du début du 20e siècle.

Lavandières en bord de rivière

Lavandières en bord de rivière

Dans certains villages, le lavoir pouvait également se limiter à une simple mare, au bord de laquelle on plaçait des planches en bois ou des grosses pierres :

Lavoir en bordure de mare

Lavoir en bordure de mare

En effet, le principal était surtout de pouvoir rincer le linge sans tomber dans l’eau, et sans trop s’enfoncer dans la boue.

Bateau lavoir

Enfin, à partir du 19e siècle, de nombreux bateaux lavoirs sont apparus dans les grandes villes.

Bateau lavoir sur les bords de Saône

Bateau lavoir sur les bords de Saône

Pour les lavandières, les laveuses et les blanchisseuses, un bateau lavoir offrait de nombreux avantages :

  • Ils étaient spécialement équipés pour le lavage des vêtements et comportaient du matériel : des planches à laver, des brosses, des bacs, des gardes-genoux, etc.
  • On pouvait y acheter de la lessive et de l’eau de Javel.
  • On pouvait généralement y faire chauffer de l’eau, ce qui permettait de laver le linge à chaud. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’on peut voir des cheminées sur les bateaux lavoirs de la photo ci-dessus.
  • Enfin, il était souvent possible d’y faire sécher le linge.

Cependant, les bateaux lavoirs n’étaient pas gratuits : chaque lavandière devait payer sa place au gérant du bateau.

De nos jours, les bateaux lavoirs et les lavoirs aménagés au bord des cours d’eau ont tendance à être oubliés, car ils n’ont pas laissé de trace.

Au lavoir, on travaillait dur

Dans les films, quand un personnage se rend au lavoir, voici comment les choses se passent :

  • Tout d’abord, la jeune héroïne met ses beaux habits.
  • Ensuite, elle attrape un petit panier contenant du linge bien blanc, et elle se rend tranquillement au lavoir couvert du village.
  • Arrivée au lavoir, elle trempe vaguement le linge dans l’eau du bassin, tout en discutant avec les autres lavandières présentes.

Cependant, la réalité était toute autre : le travail au lavoir était extrêmement physique.

Tout d’abord, le linge était parfois lavé à l’eau brûlante, au sein de la maison.

Ensuite, il fallait transporter le lourd linge mouillé jusqu’au lavoir, qui était parfois situé assez loin des habitations. C’est pourquoi on chargeait le linge sur une brouette.

Arrivé au lavoir, on s’accroupissait au bord de l’eau, et on plongeait et ressortait chaque vêtement à de nombreuses reprises.

Ensuite, on frottait vigoureusement le linge avec une brosse pour enlever les traces et les résidus de savon.

Enfin, après un dernier rinçage, on essorait le linge en le tordant à la main.

Tout ce travail était long et éreintant, car il s’effectuait à genoux, penché en avant, avec le dos courbé.

Pour se donner un peu de confort, on plaçait parfois une caisse garnie de paille au sol, afin de moins s’user les genoux.

De plus, quand le lavoir était situé au bord d’une rivière ou d’une mare, les choses étaient encore plus compliquées.

On avait vite fait de s’enfoncer dans le sable ou dans la boue, et il fallait apporter avec soi une grande planche en bois pour pouvoir poser le linge et le brosser.

Enfin, à tout cela s’ajoutait une dernière difficulté : le froid.

En effet, comme le travail se faisait dans l’eau, on était rapidement trempé de haut en bas.

Bien sûr, à la belle saison, ce n’était pas forcément un gros problème. Par contre, au printemps, à l’automne ou en hiver, dès que le vent soufflait, on était vite frigorifié.

Cet aspect difficile du travail au lavoir a d’ailleurs été décrit par Victor Hugo, dans Les Misérables :

« Toute la journée dans un baquet jusqu’à mi-corps, à la pluie, à la neige, avec le vent qui vous coupe la figure ; quand il gèle, c’est tout de même, il faut laver… On a ses jupes toutes mouillées dessus et dessous ».

Témoignages sur les lavoirs

En complément de cet article, voici quelques témoignages de personnes ayant connu les anciens lavoirs dans leur enfance :

« Je me souviens très bien avoir accompagné ma grand-mère au lavoir quand j’étais petite dans les années 50. Elle habitait un petit village de la Marne, et en effet, elle faisait bouillir son linge blanc dans une lessiveuse sur sa cuisinière à charbon et transportait tout son linge dans sa brouette en bois.

Elle frottait le linge avec un gros savon de Marseille et une brosse, et rinçait tout sur une planche striée. J’étais petite, mais ça m’a beaucoup marquée.

Elle avait aussi un petit lavoir sur pied dans son jardin pour le petit linge de 1 mètre 50 environ de longueur, dans lequel on jouait l’été avec ma sœur pour laver nos vêtements de poupées ou nos dînettes. » Eliane B.

« J’ai 65 ans et j’ai vécu mon enfance dans un petit hameau de la forêt d’Othe, une petite région à cheval sur les départements de l’Yonne et de l’Aube. L’eau courante n’étant arrivée qu’en 1963, j’ai connu les lavages du linge à la mare où un petit lavoir avait été aménagé.

Comme l’eau souterraine était très loin sous terre, il n’y avait pas de puits dans le hameau. Nous utilisions donc l’eau de pluie, ruisselant des toits, qui était récupérée dans une citerne.

Le linge était rincé avec l’eau de cette citerne car il était jauni par l’eau de la mare. Lorsque je raconte cela à mes fils et neveux, ils en rigolent, je pense qu’ils ne peuvent pas imaginer.

La caisse en bois contenant de la paille, dans laquelle on s’agenouillait, s’appelait un « garde-genoux » qu’on prononçait « gar’genoux ». J’en avais un à ma taille de petite gamine. » Dany B.

« J’ai 80 ans, j’ai été élevée chez ma grand-mère en Charente, dans un petit village qui n’a eu l’eau courante dans les maisons qu’en 1972. Donc le lavoir, je l’ai connu et utilisé !

Chez nous, c’était le lundi : descente au lavoir environ 800 mètres (la rue était en pente). C’était une petite partie d’un ruisseau non couvert, un peu plus large à un endroit.

Il avait été aménagé avec une bordure en ciment, sur laquelle les lavandières posaient une selle en bois qui avait des rainures sur lesquelles on frottait le linge en plus de la brosse.

Donc le lundi, on mouillait le linge au lavoir et on le savonnait. Ensuite, on le ramenait à la maison sur la brouette où il restait le reste de la journée et la nuit avec le savon. Le mardi, on le faisait bouillir, et le mercredi matin, retour à l’étang pour le rincer.

Vous dites que c’était physique, je confirme. Un jour, j’avais 15 ans, j’ai voulu sortir un drap de l’eau pour aider ma grand-mère. Je n’y suis pas parvenue.

Je me souviens aussi que le lavoir, c’était l’endroit bien sympathique où on échangeait les nouvelles des uns des autres. » Claudine N.

Et vous ? Avez-vous également des anecdotes sur les lavoirs ? N’hésitez pas à les partager dans les commentaires.

Elise

Auteur de l'article :



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

error: Cette page est protégée